mercredi 18 novembre 2009

Haut bas fragile -la daube que vous ne verrez jamais-

Cet automne, mon coeur s'emballe sans ménagement.
Un soir, je suis à l'hôpital jusqu'au lendemain encore. Je dois téléphoner à une patiente, vue plus tôt dans l'après-midi. Les sonneries restent sans réponse. J'appelle cinq, dix, quinze, dix-huit fois. Rien. Un silence glaçant, un silence de mort, entre les sonneries. Je regrette tout: de lui avoir donner une ordonnance (ce qui signifie qu'elle a des médocs à disposition), de ne pas l'avoir hospitalisée, d'être juste nulle et de ne pas avoir fait un autre métier (genre libraire, grand reporter, concertiste, un autre métier quoi. Comme s'ils étaient plus simples). Il y a eu un temps éternellement long entre le moment où je me décide à réagir de façon radicale tout en étant limitée par la fait d'être coincée à l'hôpital un soir où il pleut vraiment beaucoup et fort en plus et celui où j'entends "Allo Docteur Patoumi? Non mais ça va en fait, je vais bien." Je me suis écroulée sur une chaise (j'avais remué ciel et terre). Pendant tout le temps où l'angoisse m'a habitée, je me suis sentie extrêmement seule, démunie, réduite à rien.
Pour dédramatiser l'hôpital et ses horreurs, il y a la lecture salvatrice d'une super bande dessinée tendue par une jeune fille joyeuse et bien élevée à la Régalade, restaurant qui porte définitivement bien son nom (mais soyez raisonnables quant à la terrine si vous ne voulez pas être tentée par la piscine le lendemain -personnellement ce ne fut pas mon cas mais j'ai cru comprendre que pour certaines personnes courageuses, en fait si).


Hier soir, il faisait évidemment nuit quand j'ai posé mon sac dans l'entrée encombrée (mais sinon le reste de l'appartement est plutôt propre si jamais vous veniez prendre le thé). J'avais un plan assez précis qui nécessitait de se rendre dans une multinationale de la culture (ça veut dire quoi? C'est un endroit avec des étages et qui vous accueille avec les trucs qui se vendent le plus dans leur domaine d'activité. Ce qui est présenté sur les tables est absolument convenu. Y'a aussi un grand type qui fouille votre sac. Et, rapport à la première assertion, des piles entières du nouvel Anna Gavalda). Toujours pareil quand quelque chose de bien m'attend: l'excitation cohabite avec l'appréhension de ne plus avoir cette excitation une fois la chose passée. Cela explique les circonvolutions à travers la ville alors que tout pouvait se faire en ligne droite. J'ai croisé une marchande de crêpes qui nettoyait son billig, des bottes bleues pas mal mais pas assez hautes, des bottes noires vraiment bien mais trop hautes, un magasin de thés dont la vendeuse n'est pas super gentille (je vous préviens, n'allez pas lui demander la composition de ses thés... Il ne me parait pourtant pas évident de deviner ce qui se cache derrière Montagne de jade. Si?), les bouquinistes étaient quant à eux partis depuis longtemps déjà.
Dans la multinationale (j'ai oublié de préciser que depuis la fermeture de Rennes musique -le disquaire que fréquentait autrefois Etienne Daho-, il n'y a plus d'endroit indépendant où l'on peut en acheter, de la musique), je suis montée à l'étage, j'ai attrapé ça (je deviens prévisible, veuillez m'excuser mais j'ai trouvé pire que moi), j'ai filé à la caisse où il y avait une queue monstre. Une dame avec un chignon m'a souri l'air attendri. Elle tenait à la main un exemplaire du nouvel Anna Gavalda...
Je ne vais pas m'éterniser là-dessus mais j'ai quand même envie de vous dire que les photos sont vraiment jolies (notamment celles prises dans la loge, l'assiette qui refroidit, les comptoirs des cafés, les cieux et la neige et, la couverture d'un vieux numéro des Inrocks qui fait partie de mes préférées), que les paroles de Souchon du début sont super touchantes même si l'on n'est pas directement concerné, que le texte sur les temps morts d'une tournée est troublant et émouvant. Reste la petite tristesse de ne pas le connaître vraiment.


Un jour en novembre, il y eut aussi les journées de l'Ecole de la Cause Freudienne sur le thème: Comment on devient analyste au XXIème siècle. Ca a l'air sérieux comme ça, d'ailleurs ça l'est, mais passées les premières minutes d'angoisse générées par toutes ces personnes qui connaissent Lacan sur le bout des doigts, c'était pas mal du tout. Tout comme l'éclair au chocolat et le flan pâtissier achetés à un corner Dalloyau au sous-sol de l'immeuble qui abritait les conférences. Le parc ci-dessous, juste à côté, fut un endroit plutôt stratégique pour la dégustation. Il y eut vers la fin une projection d'une documentaire de Gérard Miller qui passera à la télévision en janvier prochain. On pouvait y voir un jeune homme qui expliquait "Après toutes ces années de pitanalyse, on ne peut pas dire que j'ai changé, je suis toujours le même, j'ai les mêmes centres d'intérêt MAIS j'ai enfin réussi à faire ce que je voulais vraiment", entendez par là qu' il a écouté son désir et pas le reste. Et il en avait l'air très heureux.


Que voulait représenter le dessin de la première photo?
Figurez-vous que le week end dernier, j'ai préparé une daube (une recette d'Alain Ducasse issue de son dernier livre qui est plutôt bien). C'était assez long à faire, il fallait d'abord faire mariner (quarante-huit heures à l'avance!) du boeuf (de la queue, du gîte, du paleron) avec du vin, une orange, des grains de poivre, du thym, des carottes et des oignons. Après il fallait faire bouillir un peu le vin, faire dorer un peu le boeuf puis la garniture aromatique et cuire le tout avec du bouillon de poule pendant trois heures. Ici, la daube est restée au four presque cinq heures parce qu'on est allé au cinéma voir un film super nul (par contre le Resnais, allez-y, c'est réjouissant bien que fort triste). J'avais prévu d'en apporter dans ma lunchbox pour le lendemain et c'était délicieux réchauffé et mélangé à des pâtes (même si j'étais un peu déstabilisée par le fait qu'autour de moi les gens mangeaient des steaks de soja avec de la quinoa, des yaourts 0% et des fruits minuscules). Comme tout le monde sait que les plats mijotés sont difficiles à photographier, j'ai voulu faire un dessin. Vous voyez le désastre. Pas facile d'avoir autant de talent que certaines.

mardi 10 novembre 2009

Il aurait fallu qu'il fallait -mais c'était une excellente soirée-

Il a presque quinze jours, j'ai posté une enveloppe vert tilleul à la salle de spectacle d'une ville un peu douteuse (entendez par là un nom pas très joli). J'ai sacrifié l'un des trois adorables timbres Georges Perec* envoyés par ma Bruxelloise préférée, j'espère qu'elle ne m'en voudra pas. J'ai rempli trois grandes feuilles d'une écriture serrée, fébrile. J'avais fait un brouillon mais je ne l'ai pas utilisé. Je n'ai pas osé me relire, j'avais peur que cela me retienne d'expédier le tout. Je voulais imprimer des petites photos en noir et blanc de films que nous aimons bien mais je n'ai pas eu le temps.
Mercredi dernier, je passe la nuit à l'hôpital et, suite à des recherches capillaires sophistiquées, je m'applique à dormir les cheveux mouillés.
Jeudi matin, pour ne pas réveiller G. j'entre sur la pointe des pieds dans l'appartement tout silencieux, j'essaie de ne pas tâcher mon manteau avec le sac en papier des croissants frais.
Jeudi midi, je déjeune dans une vieille fringue parce que je ne veux pas risquer de tâcher la chemise rose A.P.C. achetée un soir d'hiver l'année dernière dans une boutique qui porte un nom de fleur.
Jeudi après-midi, dans la voiture je dors un peu. Il y a beaucoup de monde sur les routes.
Pour patienter dans la ville la nuit tombée, nous achetons des chocolats et des livres mais je ne trouve désespérément pas le modèle Beauty couleur star de Repetto (pour tout vous dire, j'ai essayé des bottes et j'avais l'air déguisée).
E. nous rejoint dans une librairie et j'aime beaucoup l'imprimé de sa chemise dont le col dépasse de son pull en V.
Autour d'une petite table en bois, nous buvons ensuite chacun un liquide différent (un Syrah, un Montlouis-sur-Loire, un... J'ai oublié. J'ai faillit choisir le jus de tomate rose mais en fait non) et un serveur fort gentil apporte une planche débordante de fromages (du Selles-sur-Cher, un Roquefort, du Reblochon peut-être) et puis des petits toasts de rillettes, du chorizo, du jambon cru aussi épais que du papier-cigarette.
Nous manquons de nous perdre une demi-douzaine de fois sur le périphérique nantais.
J'ai découvert avec horreur l'architecture abominable de la salle du concert, qui avoisinait directement un supermarché dont le nom reste pour moi une énigme.
La moyenne d'âge du public m'a un peu inquiétée.
J'aime beaucoup la façon qu'a Vincent Delerm de prononcer les chiffres et notamment l'histoire du peignoir bleu trois mille deux cent fois dans la chanson qui ouvre le concert.
J'étais ravie (de le voir, de l'entendre, du moment Jacques Tati, de L'amour en fuite) et triste (le public était très froid, les gens ne reprenaient pas les chansons, j'en ai vus qui baîllaient et ma voisine visiblement coincée se demandait pourquoi Rouen).
Il y a juste eu un rappel (alors que j'avais un souvenir ému du caractère interminable du Bataclan début juillet), il est réapparu et il a dit quelque chose comme "Ce qui est bien en tournée, c'est qu'il arrive qu'on reçoive du courrier, il y a des gens qui écrivent et puis qui viennent vous voir le soir. Et là j'étais super content, j'ai reçu une lettre d'une fille, elle me parle de sa chanson préférée, que je ne chante pas souvent sur scène alors voilà, je vais la chanter ce soir"
J'ai arrêté de respirer.
Un quart d'heure plus tard, j'étais face à Vincent Delerm, devant sa loge. Il portait un pull bleu marine avec des boutons à l'épaule gauche.
"Tu m'avais déjà écrit, non? Comme je n'avais plus de nouvelles, je croyais que tu avais décroché..."
Comment lui dire? Que lui dire?
J'ai plein de regrets: ne pas avoir fait une photo floue de lui, ne pas lui avoir dit... je ne sais pas comment dire en fait.
Heureusement, il y a la lettre de trois pages.

*Rapport à cet instant-là.

jeudi 29 octobre 2009

Charlotte aime le pain d'épices à l'orange et les poires rôties

Vendredi dernier, j'appelle madame C. (je rentre tard de l'hôpital où la journée a été horrible, j'ai froid, je n'ai pas eu le temps de faire une sieste, je pense surtout que je n'ai absolument rien à lui dire).
-Bonsoir c'est Patoumi. Je peux pas venir, je suis sortie plus tard que prévu et ma séance de cinéma commence dans un quart d'heure (ça me semblait être l'excuse la plus plausible).
-Ah. Mais je vais être absente pendant deux semaines vous savez.
-... (la culpabilité commence à me ronger). Oui mais c'est la seule séance pour ce film-là! (quand je suis désespérée, je dis vraiment n'importe quoi)
-Oui mais c'est aussi le seule séance de pitanalyse...
-...
-Je vous attends.
Dix minutes plus tard, je pestais encore dans la salle d'attente. Et je me suis rendue compte que j'avais oublié mon porte-monnaie.
***
Dimanche, j'ai regretté d'avoir oublié que je n'aimais pas Haneke.
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Dans la boîte aux lettres, des surprises réjouissantes. Un jour j'y trouve le chat de Giacometti, le lendemain une jeune fille d'un autre temps contemple les ponts parisiens et son le jupon rappelle à l'expéditeur un air que chantait sa grand-mère "Baisse un peu l'abat-jour". J'adore.
(Pendant longtemps, j'ai rêvé d'une grand-mère genre qui vivrait dans une maison normande avec des pommiers dans le jardin. Elle aurait un tablier à carreaux et servirait du lait chaud à la louche dans des bols en faïence tandis qu'un gros chat gris viendrait se frotter contre ses mollets. Je crois que j'avais envie de quelque chose de très français, pour oublier un temps que je venais d'ailleurs. Et puis un jour, je me suis rendue compte que j'aimais bien ma mamie avec ses pantalons fleuris qu'elle faisait elle-même, les gâteaux à la citrouille qu'elle roulait dans des feuilles de bananiers avant de les cuire à la vapeur, les Magnificat cachés dans le tiroir de la gazinière, ses beignets de banane qui me brûlaient les lèvres... Je n'ai pas vu ma mamie depuis très longtemps, elle n'a pas que des qualités, elle ne mâche pas ses mots et moi j'ai parfois du mal à les digérer).
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J'ai compris pourquoi je ne fréquente pas les sites qui proposent de revoir d'anciennes connaissances d'école (l'école m'angoisse de toute façon). On m'a dit "Ah oui ton blog... En fait j'ai décroché". Je n'ai rien dit et j'ai pris une bouchée de tarte au citron mais j'ai pensé "Si ça ne t'intéresse pas c'est que je ne t'intéresse pas" (et vilaine que je suis, je n'aime que les gens qui s'intéressent à moi).
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En face de la maison, les premières guirlandes de Noël sont déjà accrochées.
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Est-ce que quelqu'un aurait un conseil de lecture? J'aimerais bien un roman contemporain avec plein de personnages qui se croisent, un genre de Hannah et ses soeurs en roman, ambiance anglo-saxonne de préférence donc. Merci! (à deux pas de chez moi, il y a une librairie de littérature étrangère très jolie et récemment leur libraire brune m'a recommandé un truc en me disant que c'était LE livre de l'année. Je devrais toujours me méfier de ce genre d'assertion).
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J'ai toujours nourri beaucoup d'admiration pour Keda Black (et j'aimerais bien avoir le même réfrigérateur qu'elle), elle a le gourmandise érudite, ludique et précise, j'ai regretté pendant longtemps de n'avoir pas goûté à son pink buffet.
En feuilletant son livre sur les charlottes (avec déjà du Liberty) j'ai pensé que celle au pain d'épices et aux poires rôties irait bien avec la nuit qui tombe plus vite et les arbres qui rougissent. J'ai juste fait quelques modifications.
J'ai pris du Baramel breizh à l'orange (que j'aime bien aussi avec -attention hérésie- de la Vache qui rit), c'est un pain d'épices très moelleux, parfumé et truffé de morceaux d'écorces d'orange confite.
J'en ai coupé des tranches de 3-4mm d'épaisseur et j'en ai tapissé un moule à charlotte beurré.
J'ai coupé et citronné généreusement quatre poires épluchées, j'ai saupoudré d'une cuillère à soupe de sucre roux, j'ai parsemé de noisettes de beurre demi-sel et j'ai enfourné à 200° jusqu'à ce qu'elles soient bien moelleuses et caramélisées.
J'ai mélangé 150g de mascarpone et 150g de yaourt grec, j'ai ajouté une cuillère à soupe de sucre roux.
Dans le moule, il faut alterner fruits, crèmes, tranches très fines de pain d'épices, fruits, crème, etc jusqu'à épuisement du stock. J'ai mis une assiette sur le moule et des petits pots de yaourts en guise de poids avant de glisser la charlotte au réfrigérateur, aussi blanc soit-il.
Normalement ça se démoule parfaitement et ça se révèle délicieux douze heures plus tard.

jeudi 22 octobre 2009

Beauté et boudin

La petite salle de cinéma était comble dimanche après-midi à l'heure du goûter. Il y avait beaucoup de cheveux longs et lisses, des manteaux en draps précieux, des petites vestes étriquées et des rouges à lèvres précisément pas vraiment rouges. Je portais une robe d'été sous un gros gilet. Dans la file d'attente je pensais à des billets épatants. Cette année, le carnet de dix tickets est violet.
Ma scène préférée arrive presque à la fin du film: une mannequin dans une robe pistache sous laquelle se cache un corset sadique croque à pleines dents dans une tartelette aux framboises apportée dans une boîte en carton carrée par une rédactrice rousse de Vogue (sans doute le personnage le plus attachant et dont l'oeil intelligent mérite à lui seul le détour). J'espère juste qu'elle n'est pas allée la vomir ensuite.
Les jambes interminables et les traits désespérément réguliers me laissent de marbre, je suis plus souvent émue par un épi dans les cheveux, une assymétrie, une certaine gaucherie, quelque chose de vivant, mais ce qui était vraiment intéressant, c'était la personnalité d'Anna Wintour, sa cruauté est parfois très drôle. Et elle semble assez malheureuse en fait. Mais elle est plutôt insipide face à Grace Coddington dont l'amer aveu devant des jardins à la française constitue l'autre belle scène du film.


Bref, si vous avez fait le gâteau au choco de Mingou et que vous attendez qu'il refroidisse, si vous n'arrivez décidément pas à jouer cet air si simple au piano, si la veille vous étiez de garde et que vous avez mal dormi, si vous avez toujours vaguement rêvassé devant des croquis d'Yves Saint-Laurent, si vous avez fini votre roman, si vous voulez changer d'avis sur les rousses, pourquoi ne pas essayer d'aller voir The September issue?
Malgré tout, les filles de la vie réelle m'intéressent toujours davantage et au moins, avec certaines d'entres elles, on peut parler boudin (c'est la faute à Gracianne si j'en ai mangé au goûter!). C'était au menu il y a deux jours: du boudin de Christian Parra bien grillé sur les côtés avec une purée de potimarron et des tranches épaisses de pommes acidulées adoucies au beurre et au miel. Gracianne avait dit : pas de piment sur rien, et elle avait raison.
J'aime l'idée que des jolies filles puissent manger du boudin!
Et comme c'est bien d'alterner, après un film futile, ce soir c'est Jeanne Balibar en danseuse malade dans la grande salle du TNB. Impatience, évidemment.

dimanche 11 octobre 2009

Lettre à P. -cinéma et gyozas!-

Chère P.,
Pendant que je t'écris, des tomates farcies rôtissent tout doucement dans mon vieux four. G. est au téléphone, j'écoute des chansons de Barbara (pour changer, tu vois je fais des efforts).
En ce moment, je t'imagine souvent penchée sur des tissus et des fils colorés, ou alors concentrée sur des alphabets compliqués, je trouve que ces activités vont bien avec l'automne qui grandit. Est-ce que tu empruntes toujours des films à la médiathèque? Je t'ai fait une petite sélection pour les soirées cinéma (avec ou sans tarte au riz).
J'ai pensé pour certains films que leur réalisateur me connaissait intimement, ce sont ceux que j'ai vus vingt fois, dont je sais chaque plan, chaque réplique. Souvent quand j'étais un peu triste dans mon minuscule appartement d'étudiante, j'en regardais des fragments, mes moments préférés, assise en tailleur sur mon canapé en mangeant une quantité affolante de yaourts et de chocolat noir. Parmi ceux-là, il y a Ma nuit chez Maud (Trintignant en ingénieur catholique est pourtant séduisant. Il a passé dix ans aux Etats-Unis et vit désormais à Clermont-Ferrand où il neige souvent, normal c'est bientôt Noël. Il croise une jeune fille blonde et décide qu'il s'agit de la femme de sa vie mais avant de lui adresser la parole, il passera une chez Maud). Tous les films de Rohmer sont merveilleux.
J'aime bien aussi Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle), j'ai souvent pensé que je voulais un amoureux comme Mathieu Amalric, un type indécis, qui va chez le psychanalyste et vit des amours compliquées. Il y a aussi une scène avec Emmanuelle Devos seule face à la caméra, je connais son texte par coeur.
Il y a bien sûr les films de Truffaut, toute la série des Doinel et une affection particulière pour Domicile conjugal avec la scène de restaurant entre Doinel et Kioko même si Baisers volés et Delphine Seyrig en vendeuse de chaussures me plait bien aussi. Je me souviens aussi du visionnage des Deux Anglaises, un film triste et dur, La nuit américaine, malicieux mais sombre, et La sirène du Mississipi, complètement désespéré.
Quand j'étais ado, j'ai eu ma période Godard parce que quelqu'un que j'aimais beaucoup m'en avait parlé. Je n'ai pas vu Masculin/Féminin ni Vivre sa vie qui pourtant me tentent depuis longtemps déjà mais j'ai faillit voler les cassettes d'A bout de souffle, et de Pierrot le Fou à cause de cette chanson et même celle du Mépris, que j'empruntais à la bibliothèque.
Je crois que tu a déjà loué L'année dernière à Marienbad, qui me ravit par son étrangeté, je ne sais pas si ça t'a plu. J'ai vu cette année Nuit et brouillard qui m'a sidérée, G. m'avait montré Providence et Muriel, ou le temps d'un retour, nous avons vu dans la même salle et sans le savoir Je t'aime je t'aime, nous avons revu ensemble Hiroshima mon amour. Il n'aime pas du tout le Resnais post- Smoking/No smoking, moi je trouve ça pas mal, surtout On connait la chanson, mais je comprends sa déception, c'est quand même beaucoup moins consistant que Marienbad.
Le film qui m'a consolé de tous mes chagrins reste quand même Annie Hall, parce que leur histoire échoue mais que Woody Allen dit quand même I realised what a terrific person she was and how much fun it was just knowing her. Ceux que je préfère sinon: Hannah and her sisters (et le poème de E.E.Cummings), Manhattan (et Marielle Hemingway), Alice (et la scène dans l'aquarium), Manhattan murder mystery (et la partie de poker avec Angelica Huston).
A Vienne, au cinéma de la Albertina, il y avait La maman et la Putain, c'est l'un de mes plus chouettes souvenirs du voyage. Après la séance, nous avions dégusté une buchteln tiède et moelleuse au Cafe Hawelka. Malheureusement, je crois qu'il n'existe pas de support video de ce film.
Peut-être que tu seras intéressée par des films japonais, ceux d'Ozu où on les voit souvent à table et qui a inspiré The taste of tea, Mizoguchi et Les contes de la lune vague après la pluie, Kurosawa et Le château de l'araignée, Macbeth revisité. G. avait acheté des coffrets de dvd et, autrefois, quand on partait en week end en campagne, on emportait toujours des films, c'est assez particulier de regarder des choses aussi grandioses sur l'écran minuscule d'une chambre d'hôtel (je me souviens d'un film, peut-être Les demoiselles de Gion, vu dans une chambre violette dans un genre de manoir breton où ils servaient de la biche au dîner, il pleuvait beaucoup ce soir-là.
En Asie, il y a bien sûr In the mood for love mais aussi Le chant de la fidèle Chunhyang, complètement épique, The hole avec ses chansons très kitsch et Millenium Mambo rien que pour le regard de Shu Qi et sa façon d'allumer son Zippo.
Il y a un Fassbinder que j'aime bien aussi Tous les autres s'appellent Ali, à regarder quand on est en forme parce que c'est un peu déprimant.
Cet été, place de l'Opéra, il y avait des projections de film en plein air, on était parti en avance avec une couverture rouge pour être sûr d'avoir une place de choix le soir où passait Les demoiselles de Rochefort. J'adore la chanson de Catherine Deneuve dans la galerie d'art Mais que sais-tu de moi toi qui parles si bien/Toi qui dis me connaître et pourtant ne sais rien? et celle où la maman explique pourquoi elle ne pouvait pas épouser Simon Dame. Mais mon Demy préféré, c'est quand même Peau d'Âne et Delphine Seyrig qui prévient Mon enfant, on n'épouse jamais ses parents...
J'allais oublier Bergman, la beauté du ciel dans Le septième sceau, le rêve des Fraises sauvages, la peur, l'angoisse et la tristesse de La honte, les visages de Persona.
L'évocation de ces films me fait penser à Dreyer, l'horreur de la condamnation dans Jour de colère, les costumes des personnages et leurs profils dans Ordet. C'est G. qui m'a montré ces films, tout comme Barry Lindon, Le miroir, L'argent. Nous avons regardé ensemble plusieurs Bunuel, j'adore Tristana, Cet obscur objet du désir et Le charme discret de la bourgeoisie.
J'ai toujours défendu aussi auprès de G. les films de Téchiné, sans beaucoup de succès, j'aime bien Les roseaux sauvages quand même.
Plus récemment, j'ai revu plusieurs fois les films d'Eugène Green. Dans Le monde vivant on fait connaissance du chevalier Rolion, dans Toutes les nuits, les jeunes gens n'arrivent pas vraiment à s'aimer, dans Le pont des arts Natacha Régnier chante un lamento de Monteverdi à pleurer (c'est mon préféré).
Quand j'étais plus jeune je vouais presque un culte à un film d'Assayas qui s'appelle Fin août, début septembre, j'aime bien comment Jeanne Balibar se brûle les lèvres avec une soupe (ou des raviolis, je ne sais plus) dans un restaurant chinois; je parlais souvent aussi de J'ai horreur de l'amour (peut-être parce que Balibar, encore, y joue le rôle d'un médecin), de La vie ne me fait pas peur (il y a un personnage qui apprend le piano sur un clavier en carton), de L'âge des possibles (où les garçons savent se débrouiller quand il n'y a plus de Danette au chocolat au supermarché et où les filles reprennent une chanson de Peau d'Ane: Mais qu'allons nous faire de tant de bonheur/Le montrer ou bien le taire? En plus, c'est tourné à Strasbourg) et Journal intime, peut-être parce que Nanni Moretti aime Keith Jarett et moi aussi.
Dans les films vraiment récents, ne pas rater le long métrage d'Emmanuel Bourdieu Les amitiés maléfiques, les films de Wes Anderson (The Darjeeling Limited mais aussi La famille Tenenbaum, Gwyneth Paltrow est extra toute mélancolique dans son manteau en fourrure) et ceux de Sophia Coppola qui sait vraiment bien parler de l'adolescence (il y a trois scènes que j'adore dans Marie-Antoinnette: l'ouverture du bal masqué, le lever de soleil après la nuit passée à faire la fête, son regard à travers les vitres du carosse quand il s'agit de tout quitter). Je sais que tu aimes aussi La belle personne et Les amants réguliers et je ne sais que ce n'est pas que parce qu'il y a Louis. D'ailleurs de Garrel (père), j'aimerais bien voir Le vent de la nuit et J'entends plus la guitare, je sais qu'ils sont au Vidéorama, là où je me suis ruinée autrefois à emprunter des films de Bresson.
Pour revenir aux films récents, je pense que Me and you and everyone we know te plairait (il y est encore question de chaussures); les histoires d'amour new-yorkaises de The squid and the whale me touchent beaucoup (pourquoi est-on tombé amoureux de quelqu'un et pourquoi un jour on ne l'aime plus, c'est très simple et très compliqué) et puis, sorti il y a quand même quelques années avec Scarlett Johansson avant les pubs pour du parfum, Ghost world, ironique comme savent l'être les filles particulières du lycée.
Je suis sûre que j'en oublie plein, j'ai plusieurs cahiers où je note tous les films vus mais il y a des trous les années où j'étais un peu plus fainéante (ou déprimée, au choix) mais j'ai reçu par la Poste il y a quelques temps un carnet exprès à cet usage et si joli que je ne pourrais qu'être assidue. D'ailleurs la semaine dernière, entre deux films nuls, j'ai vu un chouette dessin animé où les personnages s'écrivent et s'envoient des colis chocolatés, ça s'appelle Mary and Max et c'est vraiment pas pour les enfants.
J'ai beaucoup pensé à toi hier en essayant un manteau gris-bleu qui n'était pas vraiment raisonnable mais, peut-être comme ce fut le cas pour ton manteau rouge, il m'était impossible de le laisser dans la boutique (ou plutôt, je l'ai essayé quatre fois, je suis repartie, je suis revenue alors que la vendeuse blonde baissait son rideau de fer, je l'ai essayé deux fois et puis je l'ai pris).
Vendredi aussi, j'ai regretté la soirée passée ensemble au Tire-Bouchon, qui était un peu décevante (dans l'assiette). Avec G., on y est arrivé assez tard, à une table côté comptoir (ce que je préfère, c'est plus animé, il y a les petits carreaux rouges et blancs au-dessus de la cuisinière et Marianne qui arrose les assiettes de purée du jus des rôtis), tous les gens autour de nous se connaissaient, s'embrassaient, commandaient du foie gras, du fromage et du vin. Le cuisinier venait saluer ses amis. Tout était délicieux et joyeux, en dessert il y avait de l'ananas rôti aux épices servi avec une glace à la vanille parfaite. C'était cette ambiance et ce goût-là que j'aurais bien aimé partager avec vous, mais bon, tu reviendras avec E. n'est-ce pas? Surtout que j'ai goûté le cheesecake du Thé au fourneau qui se défend plutôt bien. Cette fois-ci, je ferai la cuisine et je pourrais vous faire goûter des gyozas par exemple (même si je sais que E. est très difficile pour les raviolis quels qu'ils soient parce qu'elle a grandit avec ceux de son papa), j'ai trouvé la recette dans le Wagamama Cookbook, c'était plutôt réussi.
Je t'embrasse fort, j'espère que nous nous verrons bientôt (avec nos nouveaux manteaux!)

PS: les premiers yaourts étaient vraiment réussis, bien fermes et onctueux. Merci encore (et la yaourtière est assortie au lait cru).


Les gyozas sont un peu longs à faire et je pense qu'un amoureux et/ou une bonne émission de radio sont indispensables à une réalisation détendue. Ils en valent la peine! (et, contrairement à ceux des restaurants, on peut en manger à l'envi).


Pour environ quatre vingts gyozas (ça se congèle bien)
-150g de chou chinois très finement émincé
-50g de pousses de bambou finement hachées
-450g de porc haché
-2 cuillères à soupe d'échalotes finement hachées
-3cm de gingembre râpé
-1 cuillère à soupe de coriandre hachée
-1 oeuf
-1 piment rouge épépiné et émincé
-1 cuillère à soupe de sauce soja
-1 cuillère à soupe de nuoc mam
-1 cuillère à soupe de mirin
-1/2 cuillère à soupe de sucre
-du sel et du poivre

Il faut mélanger tous les ingrédients et puis en mettre une grosse noix au milieu de la feuille à gyoza qui ressemble à ça:


avant de replier le tout en demi-lune en soudant bien les bords avec un peu d'eau.
Pour faire cuire les gyozas, il faut les déposer à feu pas trop fort dans une poêle bien chaude où l'on aura versé un peu d'huile. On les fait dorer sur les deux faces puis on verse deux à trois cuillérées d'eau bouillante dans la poêle que l'on retire du feu et que l'on couvre, après je les remettais trente secondes sur le feu à découvert.


C'est vraiment bon avec la petite sauce suggérée par le même livre: d'une part il faut écraser une gousse d'ail avec un piment épépinée et un peu de sel, d'autre part faire fondre à feu doux 25g de sucre dans 10cl de mitsukan. On mélange les deux préparations et on laisse refroidir avant de servir.

dimanche 4 octobre 2009

Comment ses cheveux (suédois) étaient noués -et comment elle sait dessiner-

A cause de sa coiffure que je vous laisse découvrir à la page 20 du numéro 721 des Inrockuptibles, à cause de ses lunettes, de sa chemise rayée, du col de sa veste, et de son âge qui est presque le mien, il m'a semblé urgent de lire au plus vite les bandes dessinées de Joanna Hellgren.
Dans Frances, il est question d'une petite fille qui aime les tartines de confiture quand elle est triste, d'un grand-père taciturne, d'escaliers remplis d'ombres, d'arbres qui tremblent, de cousines maléfiques, de lettres qui n'arrivent pas et d'une femme qui s'appelle Ada (mon personnage préféré).
On peut aussi y étudier d'assez près l'urbanisme suédois.
Pour les Rennais, il reste un exemplaire de Frances à Alphagraph (5, rue d'Echange), la meilleure librairie de bandes dessinées, n'hésitez pas!
Et pour devenir définitivement addict, sachez que Joanna Hellgren expose jusqu'au 25 octobre au Café Suédois, l'occasion aussi d'aller goûter leur carrot cake!
La prochaine fois, je vous parlerai de cinéma et de gyozas.

mardi 29 septembre 2009

Attiré par les étoiles, les voiles -le Youpala bistrot-

La réservation avait été faite trois jours avant, j'avais appelé tard un jeudi soir, je venais de finir un empresuré au chocolat assise en tailleur sur le canapé de mon bureau, je reposais mes doigts du piano (et sans doute aussi les oreilles de la voisine du dessous par la même occasion), G. avait proposé d'aller au Youpala bistrot, un endroit dont je lui avait souvent parlé, j'avais lu un article quelque part, je trouvais que le chef avait l'air gentil.
Vendredi, je me souviens d'un kouign amann qui se défendait bien, un sandwich sardines écrasées/purée de tomates/mangue fraîche, une photo de quelqu'un que je n'ai pas vu depuis longtemps, le déchiffrage de Deauville sans Trintignant.
Samedi, je me souviens de yaourts au lait cru, d'une blouse fleurie, de pellicules pour un Lomography et d'un magret au poivre vert de Madagascar avec du potimarron rôti. On s'est couché ce soir-là encore plus tard que d'habitude.
Dimanche matin, chocolat chaud, muffin toasté, beurre salé, confiture de fraises préparée cet été par G., robe de rigueur, on a pris la route. On a parlé de ... en fait je ne me souviens plus. On s'est arrêté dans un endroit où une promenade courait le long d'une baie où dormaient des oiseaux, dans les buissons des mûres énormes, brillantes et charnues et rien pour les ramasser...
Il faut traverser les rues un peu mélancoliques de Saint-Brieuc pour arriver au Youpala bistrot, qui apparaît très discrètement après un virage, dans l'alignement de maisons grises mais fleuries.
J'ai été surprise en entrant de reconnaître un couple de jeunes femmes qui habitent l'immeuble adjacent au nôtre, elles buvaient une coupe de champagne.




Pendant ce déjeuner absolument gracieux, inventif et joyeux, face aux assiettes colorées, j'ai repensé à des promenades en forêt, au bruit des feuilles mortes sous les bottes et celui des rivières qui polissent les cailloux, j'ai repensé à une longue balade à la pointe Saint Mathieu, en plein hiver, il pleuvait, j'ai repensé à Rome la nuit, aux parfums de la cuisine de ma mère, aux baisers évanouis, aux films d'Eric Rohmer. J'ai rarement été émue comme ça au restaurant et je me suis souvenue du soir d'hiver où j'avais feuilleté le beau livre du chef à L'écume des pages (à Paris, c'est vraiment bien, on peut traîner dans des librairies bien fournies jusqu'à minuit). Sous le palais les saveurs se confondent sans s'anéantir, je me souviens des langoustines presque crues et des bouchées de betterave tièdes, j'ai bien aimé aussi la crème de cèpes et le rouget si bien cuit, le sorbet au pamplemousse avec des grains de raisins frais, une prune rôtie, un demi kiwai et puis le sorbet au chocolat très noir avec des figue rôties à la cannelle. C'était bien! (et j'en connais à qui ça plairait aussi!)


Le Fooding aussi aime bien et le site du Youpala donne une petite idée de l'endroit.

mardi 22 septembre 2009

Le mystère des filles de fer

Dix-huit heures trente, le bus tarde à arriver et personne à observer à mes côtés sous l'arrêt en bas de l'hôpital. Trop de fatigue sous les paupières pour lire le roman que j'ai dans mon sac (encore en tissu, celui de cet été; il fait beau et doux ces jours-ci à Rennes) bien que j'en sois presque au terme (la jeune femme de l'histoire a créé une ligne de vêtements qui s'appelle Allons-y, Allons-o, ce nom me met en joie).
Une heure plus tôt dans mon bureau pas très joli, je reçois une jeune fille et ses parents. Mademoiselle T. a des problèmes avec la nourriture, l'objet même de tant de mes pensées (et si j'achetais des carottes violettes pour faire le carrot cake d'Albertine, tiens je pourrais faire des lasagnes ça ferait plaisir à G., ce serait bien de passer chez Cozic prendre de la brioche pour demain matin, il faut à tout prix que je publie ma recette de cailles aux raisins...) est pour elle une torture. Elle l'adore mais s'y refuse, s'y refuse tant que parfois elle cède et s'y perd. Les grands yeux verts me regardent avec défi et douceur "Vous pensez que je peux m'en sortir?"
Au moment de quitter le bureau, elle propose de m'apporter des chewing-gums en guise de paiement puis m'a serré la main avec fermeté.
Dans le bus bondé, je résiste aux virages. J'ai le sentiment à la fois flippant et réjouissant qu'un moment décisif de la vie de mademoiselle T. va dépendre de nos entrevues, une fois par semaine, comme elle me l'a demandé.
J'ai peur de faire des bêtises, d'en dire trop, ou pas assez.
Devant mon thé fumant, j'ai pensé à tout ça en croquant la coque soyeuse, élastique et rassurante de mon daifuku. Et puis je suis allée m'asseoir au piano, j'arrive presque à jouer le petit morceau pour débutants de la page 12.

dimanche 20 septembre 2009

L'omelette vietnamienne de Marguerite Duras

J'ai passé l'âge d'avoir une poupée* (bien que ma relation à cet objet soit assez conditionnée par le fait qu'enfant, je n'en ai jamais eu -si l'on excepte un poupon appelé Carole dont les gros yeux me filaient une peur bleue-, me rabattant avec joie sur ma dînette).
J'ai passé l'âge d'avoir des petites roues à mon vélo.
J'ai passé l'âge d'avoir peur du noir.
J'ai passé l'âge de faire des collages sur un cahier ligné*.
J'ai passé l'âge du chocolat Copaya*. Et des oeufs Kinder surprise.
J'ai passé l'âge d'appeler ma maman quand j'ai perdu un objet.
J'ai passé l'âge d'écrire sur du papier à lettre fleuri*.
J'ai passé l'âge des surprise-parties.
J'ai passé l'âge de la pâte à sel, du collier de nouilles et des pots à crayons avec des boîtes de haricots verts sur lesquels ont été collées des publicités de pépinières (je vous promets avoir fait ça quand j'étais en moyenne section maternelle).
J'ai passé l'âge de ramasser les feuilles en automne pour un cours de sciences naturelles.
J'ai passé l'âge limite pour jouer au docteur Maboul.
J'ai passé l'âge des cahiers de vacances, des récitations de poésie sur l'estrade, des parties de billes dans la cour de récréation.
J'ai passé l'âge des Excellent devoir, Transitions à revoir, Démonstrations peu rigoureuses et, c'est véridique, sur ma première copie de philosophie Cette dissertation n'est pas de vous.
J'ai passé l'âge de devoir demander à ma maman d'allumer le four pour un gâteau, ou de recoudre un bouton de manteau.
J'ai passé l'âge de la pêche à la ligne aux anniversaires des copines (j'ai gagné par ce biais un vide-poche violet en forme de papillon et un petit carnet bleu et jaune avec sur la couverture cartonnée Snoopy allongé sur un transat avec des lunettes de soleil).
J'ai passé l'âge de penser que c'est désespérant, un garçon ça aime forcément le football.
J'ai passé l'âge des petites chaussures en cuir blanc avec des petits trous devant et des robes fleuries avec des smocks et un noeud dans le dos.
J'ai passé l'âge de sourire systématiquement sur les photos.
J'ai passé l'âge de l'appareil dentaire, des boutons disgrâcieux, des pulls tricotés par ma maman, de mon journal où je me lamentais sans fin, des étés longs et désespérés, des déceptions amoureuses. Ouf, la vie n'est pas un long calvaire comme je le pensais quand j'étais ado.
Mais à cette époque-là, il y eut deux évènements qui ont changé le cours des choses: j'avais quinze ans et un après-midi de juin, j'étais allée au cinéma voir Conte d'été. En rentrant, je m'étais empressée de raconter le film avec le plus de détails possibles dans mon journal, je ne voulais pas en perdre une miette. J'avais l'impression qu'Eric Rohmer avait fait ce film tout exprès pour moi. Quelques mois plus tard, deuxième rencontre décisive dans mon lycée super nul, je suis envoûtée par la voix et le discours de monsieur M., un prof qui détonnait franchement dans un établissement vraiment plouc et pas exigeant. Monsieur M. m'a lu Roland Barthes, Bernard-Marie Koltès et Marguerite Duras. Ma vie en a été transformée.
Plus de dix ans plus tard, G. m'a offert le très beau livre de cuisine de Marguerite, photos adorables et textes fidèles au style Duras, il y a des garçons qui font de votre vie un enchantement.
Ce soir en écoutant Irène Jacob lire des livres que je n'achèterai pas, j'ai préparé fenêtres ouvertes l'omelette vietnamienne de Marguerite dont elle dit ceci:
Vous voulez savoir pourquoi je fais la cuisine? Parce que j'aime beaucoup ça... C'est l'endroit le plus antinomique de celui de l'écrit et pourtant on est dans la même solitude, quand on fait la cuisine, la même inventivité... On est un auteur...
L'omelette vietnamienne... Ca commence à faire, le nombre de gens qui me disent que c'est la meilleure chose qu'ils ont mangé de leur vie! Vous vous rendez compte!... Comment voulez-vous que je sois indifférente à ça. J'ai cette faculté-là, de pouvoir refaire les plats quand je les mange et puis dans un restaurant, une fois, elle était particulièrement bonne et je l'ai réinventée à partir de ce soir-là. C'est très long, il faut aller à Paris pour les ingrédients...



Marguerite n'est jamais très précise quant aux proportions, j'ai fait un peu à vue (et au goût)
Il s'agit d'abord de faire tremper dans deux bols d'eau bouillante deux petites poignées de champignons noirs et un peu de vermicelles de riz (genre la quantité qu'il y a dans un petit paquet de nouilles déshydratées prêtes à l'emploi).
Puis il faut émincer très finement de la poitrine de cochon fraîche (pas salée pas fumée ni rien) et dans le même mouvement du blanc de poireau (j'ai utilisé une botte de mini poireaux trouvés ce matin chez Annie Bertin).
Après avoir monté le son de la radio, battre cinq oeufs en omelette.
Dans une grande poêle, verser un peu d'huile d'olive, faire revenir le cochon puis ajouter le poireau.
Pester contre le journaliste de France culture qui vous insupporte depuis quelques années entre midi et deux et qui fait une spéciale ce soir et verser dans la poêle les champignons noirs puis les vermicelles puis deux petites poignées de soja frais. Arroser de nuoc mam et poivrer généreusement. Il faut bien remuer entre chaque ingrédient. Quand tout paraît cuit et a adopté une teinte presque dorée, verser les oeufs et faire cuire à feu très doux, Marguerite prévient: Il m'est arrivé de rater ce plat et je n'ai pas compris pourquoi. Les oeufs devaient avoir trop cuits. Avant d'ajouter Il m'est arrivé aussi de le réussir au-delà de ce que j'avais cru possible, je ne sais pas non plus pourquoi.
En tout cas c'est vraiment délicieux en écoutant la pluie sur le trottoir. En dessert, pourquoi pas sa tarte au citron?

* Un très proche témoin me dit que quand même, je pourrais avouer qu'il y a des choses que je n'ai jamais arrêté de faire.

jeudi 10 septembre 2009

Les gens qui trop écoutent leur coeur se balancer -une virée chez Cozic-

J'ai beau essayer, cacher mes cd derrière des paquets de farine ou des tas de collants roulés en boule, je n'y peux rien, la chanson qui me poursuit en ce moment un peu partout c'est celle-là. J'ai presque envie de la manger tant elle me ravit. N'empêche il y a des choses sur lesquels vous pouvez compter (comme sur une paire de ballerines noires Le Plagiste, un nouveau sac April Showers, un moule à fond amovible, le poulet rôti-purée de Marianne, la tarte aux pommes de ma maman, les chansons de Vincent Delerm), et puis d'autres qui vous déçoivent comme une magnifique entrecôte servie sur une assiette froide. Une douche froide, c'est un peu l'effet que m'a fait le nouveau film de Christophe Honoré jeudi dernier. J'avais beaucoup aimé Les chansons d'amour et encore plus La belle personne (et aussi son texte sur Delerm vous voyez, je ne m'en sors pas!) mais là, vraiment, même si Chiara Mastroianni est épatante, j'ai trouvé ça miteux. Le scénario bâclé, les personnages secondaires inexistants, le frère de Christophe Honoré qui fait du sous Louis Garrel ( très bien dans ma scène préférée, celle du dîner avec sur la table des endives au jambon et de la tartiflette), les plans super moches, Jean-Marc Barr pire que ce que j'imaginais, l'horreur. C'est étrange comme on peut être blessée de ne plus se reconnaître dans le travail de quelqu'un qu'on a tant admiré.


Les temps derniers, il y a eu à la suite plusieurs nuits passées à travailler à l'hôpital. Comme un peu partout, celui- de Rennes est situé un peu en périphérie de la ville et comme un peu partout aussi, le lieu est ceinturé d'un mur en pierre intimidant parce qu'il ne s'agirait pas que quelqu'un s'échappe. A l'hôpital, toutes les portes sont fermées et vous n'avez pas intérêt à oublier vos clefs. C'est comme un village miniature, il y a l'épicerie-café, le potager, les terrains de foot et de tennis, les ateliers poterie, cuir, encadrement, la Poste, la banque, la petite école et même la chapelle et l'aumônerie. La nuit, avec ma sempiternelle tartine de Nutella qui me console de ne pas pouvoir dormir (ou d'être réveillée alors que je commençais à m'endormir. Rien de pire que d'être au lit depuis une demi-heure et d'être réveillée par le téléphone qui vous annonce qu'il faut sortir pour aller voir quelqu'un qui ne va pas bien. Parfois on préfère ne pas se coucher), je fais bien attention de marcher au milieu de la route principale et non sur le côté, les buissons me font un peu peur. On entend au loin la rumeur de la ville et plus proches, les souffleries des cuisines et des portes qui claquent, je n'ai jamais su vraiment où. Je croise des chats et des escargots que je veille à ne pas écraser. Je frissonne à chaque bruit de coquille écrasée. Sur le chemin, entre les tilleuls, les saules pleureurs, les pommiers, je me sens un peu seule.
Mais le grand avantage, c'est que les lendemains de garde sont des repos imposés (et permettent ainsi de recevoir des amies ou d'aller acheter un sautoir ou de traînasser à rêvasser et lire toute la journée) et comme il faut se récompenser, on a le droit de s'offrir un millefeuille Cozic, franchement super bon: feuilletage dense et léger comme un Woody Allen dans une microscopique salle de la rue Champollion quand j'étais ado, crème à la vanille parfumée et pleine de grains sombres, rassurante comme une chanson de... ouais bon je vais pas encore vous faire le coup.



Cozic, c'est vraiment une chouette boulangerie.














Cozic, 10 rue Saint Hélier à Rennes, ouvert tous les jours jusqu'à 20h, sauf le dimanche.

Il y a d'autres nuits qui commencent sur des terrasses, au milieu de petites places entourées d'arbres immenses. J'étais assise face à deux garçons qui commençaient à se connaître. L'air était doux, j'étais bras nus, nous avions traversé la ville après avoir dîné dans mon restaurant japonais préféré, spécialement pour finir la soirée à cet endroit. Dans l'obscurité, à travers le feuillage, on devinait la sihouette imposante d'une église, et en levant la tête, on voyait la lune derrière son clocher. J'ai pris un thé (à la menthe, parce que c'était le seul thé vert qu'ils avaient), ils ont pris une bière, différente. Il ont demandé "Mais ça se passe où déjà A l'ombre des jeunes filles en fleurs?" J'avais oublié.
A la table d'à côté, j'avais reconnu une fille, dont je sais, par diverses sources recoupées, qu'elle est interne en psychiatrie aussi, à Rouen. C'est une grande fille blonde qui portait ce soir-là une mini jupe en jean, un sweat à capuche imprimé de petites étoiles et un foulard écossais. Aux pieds des Vans pastels. Elle allumait cigarette sur cigarette. Autrefois je l'ai croisée au cinéma, sans jamais oser lui parler. A côté d'elle, un garçon brun très maigre, grand nez, lunettes carrées et Converse basses (vertes). Et puis plein d'autres gens autour de la table, qui font à peu près tous la même chose dans la vie.
Je ne sais pas très bien où je veux en venir. Peut-être que je trouve que les internes de Rennes m'attirent moins. Qu'ils sont moins marrants. Que j'ai l'impression de n'avoir pas grand chose à leur dire. Que j'ai souvent peur qu'ils me trouvent nulle et parfaitement incompétente quand ils accueillent certains de mes patients qui vont mal. Qu'il me trouve un peu surannée. Je suis complètement petrifiée dès qu'ils constituent une petit assemblée. G. a dit pour me rassurer quelque chose comme "Oui mais tu sais l'habit ne fait pas le moine" (mais quand même la fille blonde, elle a l'air vraiment chouette!)
Le lendemain j'ai recroisé le garçon maigre en sortant d'un marchand de journaux, il portait des tongs et à l'épaule un sac en tissu. J'ai faillit lui dire un mot, mais en fait non. C'est plus simple d'écouter des chansons de... [ahem]

lundi 31 août 2009

Trois jours en été -les cookies parfaits de Mingou-

Pendant trois jours, avec une fille qui portait des Converse stambouliotes et une autre des Kickers qui imitaient un agréable bruit de sabot à chacun de ses pas, des questions existentielles furent soulevées.
Comment suppporter de voir un beurre flambant neuf être creusé par un couteau (aussi joli soit-il) quand on a l'habitude de le couper en lamelles pour les tartines?
Un bol japonais est-il vraiment indispensable?
Faut-il croire la serveuse de la crêperie qui dit que les meilleurs kouign-amanns sont là-bas en face après le porche?
En entrée, vaut-il mieux désirer le tartare de thon à la sauce sucrée et pimentée ou le tofu frit à la sauce aux agrumes?
Est-ce-que le rich english cake du Thé au fourneau est vraiment riche?
Ce collier peut-il rester dans ce magasin?
Que faire avec des billets trouvés sur le trottoir? (Réponse facilitée par le fait que le dit trottoir soit celui qui mène à la Galerie d'Oz. Les Rennaises comprendront. Les autres imagineront un endroit avec, au milieu des sacs Robert le Héros et des lampes de Noguchi, des moules Konstantin Slawinski.)
Vous voulez un autre thé?
Pourquoi n'ai-je pas apporté mon maillot de bain?
Tu as lu le texte de cette fille qui rappelle étrangement le tien? (ouh!)
A quelle heure on prend le bateau?
Où vais-je accrocher cette jolie guirlande lumineuse?
Vous trouvez ça bien d'avoir une MAP?
Qu'est-ce que tu as pensé de Scènes de la vie conjugale?
Quelle est la chose la plus étrange que vous ayez mangé?
Tu crois que G. pourrait nous faire du flan pâtissier?
A quoi il ressemble Grand Chef?
Elles sont arrivées avec des bouteilles, des livres, de la Praluline, du choco, du thé, des cadeaux faits maison, leur gentillesse, leur sourire et leur bonne humeur.
Si vous en doutiez encore, elles sont vraiment chouettes. Et chics.
Et à trois heures du matin, sur le clic-clac de mon bureau, elles ont encore de la conversation.
Et le matin, pour le petit-déjeuner, j'ai adoré sortir en douce pour chercher des framboises, des myrtilles, du pain frais, du Neufchâtel pour rappeler des vacances en Normandie (mon seul regret sera de ne leur avoir rien préparé -timidité et paresse conjuguées-, la prochaine fois, promis, je vous fais le sandwich de ma maman).
Parfois on voudrait que Paris et Strasbourg soient de l'autre côté de la rue. Merci d'être venues.

Merci Pauline pour la photo!

Je peux vous dire qu'après des jours comme ceux-là, on n'a pas du tout du tout envie d'aller au travail (je précise que j'adore mon métier mais en ce moment je suis dans un service qui n'est pas vraiment pour la régularisation des sans-papiers, si vous voyez ce que je veux dire) alors ce soir, pour se consoler et avoir quelque chose à grignoter avec du lait froid, j'ai fait les cookies de Mingou dont G. a dit: "Ce sont les meilleurs cookies que j'ai jamais mangés!". Ils sont chewy, pas gras, atrocement addictifs. Tout comme ma chanson préférée en anglais que j'écoute en boucle pour me sevrer puisqu'elles ont aussi demandé "Ton blog, il est sponsorisé par Vincent Delerm?"


Les cookies parfaits de Mingou
Pour 20 cookies
-60g de beurre mou
-50g de purée d'amandes blanches
-130g de sucre blond
-1 oeuf
-2cc de vanille liquide
-150g de farine
-1/4cc de bicarbonate de soude
-160g de chocolat concassé (je ne suis pas fan des noix de quelles qu'elles soient, j'ai trouvé la version tout choco délicieuse).

Mélanger le beurre et la purée d'amandes.
Ajouter le sucre, l'oeuf, la vanille, la farine, le bicar, en mélangeant énergiquement entre chaque ingrédient.
Finir par le chocolat, mélanger pour que la pâte soit bien homogène.
Répartir sur une tôle recouverte de papier sulfurisée des boules de pâte prélevées à l'aide de deux cuillères à café et faire cuire à peine dix minutes dans un four préchauffé à 180°.

Il parait qu'ils se conservent cinq jours mais comme il n'en reste plus que la moitié trois heures après, ce délai va être difficile à tester. Va-t-il en rester pour le soir où l'on ira voir le nouveau Christophe Honoré? Et pour le film du réalisateur dont j'admire le grand âge? Deux évènements cruciaux de la semaine!

dimanche 16 août 2009

A certaines heures les jeunes filles -une tarte pêche-framboise comme au Café suédois-

J’ai constaté avec soulagement ce matin en ouvrant les volets que le ciel était parfaitement gris, je crois que j’aurais mal supporté un temps ensoleillé, comme un outrage un peu rageur une veille de rentrée. Demain je reprends le bus de 8h46, les vacances sont finies et pour des raisons diverses, je n’ai pas du tout envie de retourner au travail.
Pour le petit déjeuner, j’ai réchauffé une gaufre maternelle que j’ai ensuite recouverte de beurre salé puis de miel de trèfles, c’est très doux. Deux autres gaufres ont aussi constitué mon déjeuner.


Nous sommes rentrés la nuit dernière après deux jours chez mes parents, un endroit hors du temps où celui-ci semble précisément s’être arrêté. Les occupations sont plus que paisibles, on se balance dans un hamac avec un magazine sans conséquence, on va au magasin de journaux feuilleter des choses que l’on n’achètera pas, on joue sans effort au badminton sur le gazon, on boit du thé avec des petits gâteaux et, exceptionnellement cette fois-ci, on va chercher des cordes de guitare dans un magasin dont le clavier numérique exposé m’attire comme le ferait un saint-honoré. Ma mère quant à elle avait fait sa tarte aux pommes, qui n’a pas fait long feu.
Ce matin aussi j’essaie d’appeler E. mais le téléphone sonne dans le vide. J’essaie de lui écrire mais je n’y arrive pas. J’ai envie de parler à JM mais j’ai peur de le déranger. Il y a longtemps que je ne raconte plus rien à S., j’ai l’impression qu’il veut me faire du mal. J’ai plutôt hâte de revoir I., je sais déjà quel gâteau j’aurais envie de lui offrir.
Je colle des adresses de restaurants japonais dans le répertoire parisien.
J’ai presque fini Kafka.
Je contemple la vaisselle vintage infiniment désirable de cuisines d’ailleurs.


J’écoute Vincent Delerm (North Avenue, Tous les acteurs s’appellent Terence, Cosmopolitan). Je me demande quand est-ce-que je vais me lasser. C’est un peu inquiétant la persistance de cet engouement. Jeudi dernier, G. passait l’après-midi à travailler au cabinet, je suis montée sur ma chaise de bureau pour attraper au sommet de la bibliothèque, entre la cassette de Domicile conjugal et celle de Vivement dimanche! ce que je pensais être l’enregistrement d’un documentaire sur le garçon en question. J’ai rembobiné la cassette, j’ai appuyé sur lecture.
Je n’ai pas regardé la télévision depuis presque dix ans sauf évènement particulier (élections présidentielles-consternation-, palmarès du festival de Cannes-déception, émotion, illusion, prévisons-) et ça m’a fait vraiment bizarre d’assister dans un premier temps aux informations du soir sur la Trois (c’était l’époque de la fashion week d’automne à Paris, il y avait un défilé Jean-Paul Gaultier) puis, à ma grande surprise, il y eut un concert d’Alain Souchon au Casino de Paris (j’ai fait avance rapide et de temps en temps lecture, je me souviens surtout être tombée sur Les filles électriques et sa jolie mélodie au piano), puis des publicités déjà rétro, puis un duo Keren Ann-Henri Salvador où ils paraissent tout deux fort crispés, puis Fanny Ardant chez Drucker (j’enregistrais vraiment n’importe quoi. Il se trouve que mes parents m’avaient offert un téléviseur-magnétoscope et à cette époque-là, j’avais toujours une cassette vierge dans le lecteur et la télécommande à portée de main pour enregistrer les moments mémorables. J’étais aussi abonnée à Télérama et dès que je recevais le nouveau numéro, je surlignais consciencieusement ce qu’il ne fallait pas rater. Comme je l’ai expliqué à une jeune fille épatante et avertie –une lectrice de Bourdieu (en écoutant Henri Dutilleux ? Je n’ai pas osé lui demandé)- à la terrase d’un restaurant bio, j’ai arrêté de lire Télérama après que Gad Elmaleh en ait fait la une. Bref. Je suis sûre que je rate des trucs à cause de mes principes un peu rigides ) puis enfin, sur la Cinquième, le doc sur Vincent Delerm, vachement bien en noir et blanc. J’ai fait pause, je suis allée préparer une nouvelle tasse de thé.
Assise sur le parquet, adossée au canapé bleu, les volets presque clos, j’ai surtout aimé les moments filmés dans l’appartement de Rouen, le clavier face à la télé où passe Serge Gainsbourg, Jeanne Moreau encadrée de Jules et Jim, la une de Libération le jour du décès de Barbara, scotchée sous un abat-jour, l’humilité et la douceur du garçon qui vit là. Je ne sais pas excatement en quoi cela me touche infiniment. J’ai arrêté la cassette et je suis allée ranger un peu mon bureau. Je ne savais pas très bien si j’étais triste ou joyeuse mais ce qui est certain c’est que la part de tarte pêche-framboise préparée le matin-même selon une recette du Café suédois était vraiment délicieuse, et m’a fait du bien.

La tarte pêche-framboise du Café suédois (ils vendent un livre de recettes super chouette pour refaire à la maison tout ce que l’on a aimé là-bas)
Pour un moule de 22cm de diamètre
La pâte
-150g de beurre mou
-3,5dL de farine
-1 cuillère à soupe de sucre glace
Travailler les trois ingrédients du bouts des doigts pour former une boule homogène qu’il faut filmer et laisser au moins une demi heure au frigo.

Les fruits et la crème
-5 pêches blanches
-une barquette de framboises
-4 jaunes d’œufs
-1dL de sucre en poudre
-2dL de crème fraîche
Battre le sucre et les jaunes d’œufs jusqu’à ce que le mélange mousse et blanchisse.
Monter la crème fraîche en chantilly souple. L’ajouter au mélange précédent.

Etaler la pâte dans le moule (j’ai coupé des lamelles de pâte avec lesquelles j’ai foncé le moule que j’ai ensuite remis un peu au frigo la temps de préchauffer le four à 180°) et l’enfourner jusqu’à ce qu’elle soit très légèrement dorée (à peine dix minutes).
Pendant ce temps, peler les pêches, les couper en tranches pas trop fines..
Sortir la pâte du four. Là, j’ai versé une partie de la crème puis j’ai réparti les fruits puis j’ai versé le reste de la crème (le Café suédois met les fruits sur la crème. Bref, c’est comme vous le sentez).
Enfourner jusqu’à ce soit un peu peu doré sur le dessus (sur la photo, c’est un peu trop), 20 minutes environ.

vendredi 14 août 2009

Pendant quelques nuits -l'index des recettes!-

Pour tout vous avouer, j'ai toujours cru que personne ne faisait les recettes du blog, parce qu'elles sont peu précises et manquent d'originalité. Celles qui semblent cependant avoir un franc succès sont celles de ma maman, ce qui n'est pas étonnant puisque quiconque est déjà venu dîner chez mes parents sait qu'il sera reçu comme un prince et que la cuisine de ma maman n'a d'égale que sa modestie. Bref. (en plus elle ne lit pas mon blog et j'espère bien que jamais elle ne le lira)
Il y a quelques semaines déjà, j'ai reçu un mail d'une lectrice qui me disait en substance Bon, commence on s'y retrouve là-dedans? Et je me suis aperçue que malgré ma fréquentation régulière d'index éprouvés en cas de panne d'inspiration (et c'est comme ça que nous nous sommes régalés d'un agneau massalé ou de galettes de poulet), je n'avais jamais pris la peine de faire le mien à cause du premier argument cité. Comme je n'arrive pas à dormir quand j'en ai le temps pendant les gardes à l'hôpital, j'ai patiemment listé mes recettes en écoutant vous savez qui allongée sur la couverture rugueuse du lit de l'internat.

Les gâteaux
Le gâteau à l'orange et au chocolat de Nigella
Les muffins au chocolat et à la marmelade d'orange
Les muffins à la crème de marrons
L'upside-down cake aux figues
Le gâteau au chocolat de La Belle-Vue
Le clafoutis de la grand-mère de G.
Le crumble aux prunes dorées
Le marzipan fruit cake de Nigella
Le cake aux cerises de Nigella
Les petits cakes à la banane et aux dattes
Le gâteau au double yaourt au chocolat et à l'orange
La pizza au chocolat, à la rhubarbe et à l'abricot de Philippe Conticini
L'upside down tatin cake aux pommes
Le brownie cheesecake d'Annie Bell
Le gâteau au double yaourt et aux pommes caramélisées
Le gratin de pommes aux amaretti de la nonna
La galette des rois au chocolat et à la confiture de framboises
L'apple pie de Nigella
Le gâteau à l'orange de Momo
Les petits cakes au matcha de Sophie Brissaud
Le gâteau aux nectarines de Nigel Slater
Les carrés aux myrtilles de Smitten Kitchen
Le cake à la marmelade d'oarnge de Nigel Slater
Le gâteau aux pommes de Smitten Kitchen
Le brownie de Nigella
Le cobbler fraise-rhubarbe d'Albertine
La charlotte au pain d'épices à l'orang et aux poires rôties

Les tartes sucrées
La tarte aux fraises qui bouleversa G.
Les tartelettes au chocolat, à l'orange et au cream-cheese
Les tartelettes aux pommes de la controverse
Les tartelettes au chocolat et aux bananes flambées
Les tartelettes cacaotées à l'abricot
La tarte à l'orange pas tout à fait comme au Loir
Les tartelettes passion, gingembre et citron
Les tartelettes au chocolat au lait, fruit de la passion, ananas rôti
La tarte framboises et chocolat
La tarte au citron de Marguerite Duras
La tarte pêche-framboise du Café Suédois

Les petits gâteaux pour le goûter
Les sablés menthe-chocolat
Les madeleines de Pierre Hermé
Les petites galettes de la maman de Martin Winckler
Les shortbreads à la farine de riz de Rose Bakery
Les petites crêpes au raisin frais
Les scones de Rose Bakery
Les cookies parfaits de Mingou

Les cheesecakes
Le bountcheese
Le cheesecake à la banane et au chocolat
Le cheesecake citrobon
Le cheesecake à l'orange et au chocolat
Le cheesecake de Rose Bakery

Les petits desserts
La butterscotch sauce (qui va bien avec les yaourts)
La mousse au chocolat de Pierre Hermé
Le triffle banane-chocolat
Les crèmes renversées de Philippe Conticini
Les pannacotta très citron
Les petites crèmes chocolat-caramel
La mousse au chocolat au thé aux agrumes
Les poires poêlées, crème au matcha
Le flan au Kiri de Sophie Brissaud
Les truffes de Nöel (natures, au thé vert, au coco)
La mousse au chocolat au chamallow de Nigella
Les petites crèmes au café et à la vanille de Laura Zavan
Les pannacotta au chocolat blanc de Laura Zavan
Le caranut de Clo

Les recettes de ma maman
Son bar rôti aux petits légumes
Ses Banh çao
Son saumon au soja, à l'orange et au gingembre
Ses petites galettes aux oeufs de poisson
Son poulet au miel, au gingembre, au citron vert et à la mangue

Les pâtes, le riz, les raviolis
Les udon crevettes-piment d'Espelette de G.
Gomoku Yakisoba
Les pappardelles al ragù d'agnello de Laura Zavan
Les spaghetti alla carbonara de Nigella
Les rigatoni au lapin à l'ischitana
Le risotto aux légumes rôtis
Le risotto à la pomme et au stilton
Les raviolis au fromage d'après le Darjeeling Limited
Les spaghetti al ragù
Des gyozas!

Jambon, purée, bougies (réjouissances carnivores)
Le cochon mariné au miso
Le maffé poulet de G.
L'osso buco in bianco et la gremolata
Le hachou parmentier
Le lapin rôti, la sauce verte et les courgettes farcies
La salade poulet-pamplemousse
Le poulet au coca
Le poulet au gingembre et aux noix de cajou
Le nahm prik cochon et tomate
Les paupiettes-purée
Le porc à l'encre
Le petit cochon à la sauce prune
La chicken pie
Le Kashmiri Rogan Josh
Le poulet ivre
Les cailles au miel et au gingembre
La blanquette de veau à la vanille de Keda Black
Meatballs
Le poulet coco aux graines de moutarde de Nigel Slater

Manger des huîtres au réveillon (réjouissances maritimes)
Comment aimer les huîtres?
Les petits pâtés au thon
Les raviolis au thon du Fuji
Le potimarron du capitaine Haddock
Le concombre au crabe de Sophie Brissaud
Le curry de crevettes aux lychees
Les rougets rôtis
Le cabillaud rôti, les asperges vertes et la sauce au citron

Pour le samedi soir avant le film
Le muffinburger
Le hachapuri de Nigella
La pitanalyse
Comment faire des okonomiyakis?
L'omelette vietnamienne de Marguerite Duras

Les tartes salées et ce qui y ressemble
La tarte basque
Le clafoutis au fenouil, à la pancetta et au pecorino
La tarte à l'aubergine et à la saucisse piquante
La tarte aux courgettes et aux knacks

Les soupes
La soupe aux carottes et à l'ananas
La soupe au potimarron, à la pomme granny et au curry
La soupe aux carottes, aux agrumes et au gingembre

mercredi 12 août 2009

Rien de mieux après

Le ciel n'a pas toujours été si gris. Et quand bien même il l'était il n'a rien empêché.
Nous sommes allés au phare et j'ai eu le vertige, mais pas autant qu'après certains de ses baisers.
Nous nous sommes baignés et, pendant qu'il rangeait les serviettes dans le cabas, je suis allée chercher une glace yaourt-citron.
Nous allions partager une tarte aux framboises quand son voisin de table s'est penché vers lui, a posé une question un peu indiscrète puis a presque laissé refroidir sa souris d'agneau et son gratin de macaronis à force de nous parler de théâtre et de psychologie. Son épouse, concentrée sur sa sole, parlait peu mais n'en pensait visiblement pas moins.
Nous avons bu de la sangria et une orange pressée devant le marché, au coude à coude avec des gens qui semblaient tous se connaître. Il fut décidé que nous partagerions une planche de charcuteries, G. n'a cessé de fêter les piments aigrelets qui remplaçaient avantageusement les cornichons, le beurre distribué fut enfin salé.
Nous avons repensé au Rayon vert, le film de Rohmer, tourné par ici et que nous avions vu un hiver dans la salle de cinéma d'une fac de lettres.
Nous avons bu un mojito et une pina colada au-dessus des vagues.
Nous avons fait mille fois la promenade qui suit les flots, il nous est arrivé de partager une glace à la vanille, une crêpe au sucre, une gaufre au nutella, une guimauve au chocolat, des churros servis par un gentil garçon.
Nous avons parlé de Björk, de Michel Berger, de Judy Collins, de natation, de psychanalyse et de chipirons.
Nous avons acheté des romans, des bandes dessinées, des livres de cuisine d'une autre époque et pour moi une robe rose, un maillot de bain, des sandales lie-de-vin.
Nous avons dit une dizaine de fois "Et si on allait au Musée de la mer?" mais nous n'y sommes jamais allés.
Nous sommes repartis d'une Maison de la Presse avec un magazine de décoration australien.
Nous avons admiré les fauteuils de deux salons de coiffure.
Nous avons goûté des pêches plates, des nectarines de vigne et un soir, au Saint-Amour, il y eut en dessert une pêche Melba d'anthologie, le fruit ayant soigneusement été poché dans un sirop à la vanille.
Je me suis souvent réveillée la nuit, pour écouter en douce le bruit des vagues, et la vie me paraissait alors d'une douce simplicité.
La nuit dernière, son visage à la lumière du péage, je n'étais même pas triste de rentrer, on s'est bien amusé.

samedi 8 août 2009

Favourite place

C'est une façade verte, pas très loin du front de mer, à côté d'un pâtissier-chocolatier, de boutiques de surf et d'une agence immobilière.
Je repousse toujours le moment d'y aller pour que l'impatience alimente l'excitation, et nous empruntons, le jour venu, le sentier qui longe la côte; c'est plus long, on s'arrête pour regarder les vagues, comparer les parfums des glaciers, faire tourner les présentoirs de cartes postales (en vain).
Il y a toujours du monde au Bookstore, des enfants qui lisent des bandes dessinées, des mamies en quête d'un livre de cuisine à offrir, des globe trotters friants de guides, des touristes venus chercher un roman pour la plage. Il faut prendre le temps de s'habituer au désordre apparent. A l'étage, il y a un canapé un cuir pour feuilleter à loisir et le vendredi, partager un thé lors de la session free-tea.
Les libraires sont adorables et, quand j'ai tendu à la caisse le premier tome de la série Rosalie Blum, l'une d'elle avec un tee-shirt rayé s'est écriée: "C'est trop bien! Je les ai dévorés!"
C'est effectivement ce qui m'est arrivé et je suis allée ce matin chercher les deux tomes suivants, toujours en empruntant le chemin le plus long.

jeudi 6 août 2009

Douceurs d'ailleurs


mercredi 5 août 2009

Miremont

Impossible de ne pas revenir chez Miremont, sa vue sur l'océan (devant laquelle autrefois j'ai eu dégusté du rouget aux légumes, des club sandwiches au poulet, des éclairs au chocolat et des choux à la crème), son service diligent (la serveuse en rose s'est confondue en excuses devant une jeune femme un peu vulgaire qui, bien qu'elle accompagnât son repas d'un coca light s'est plaint de la température de son burger de saint-jacques auquel elle reprochait également la sauce qui l'accompagnait. On lui apportât avec dix mille excuses une brochette de saint-jacques. Sans sauce.)


Je ne ma lasse pas des boiseries, des miroirs mouchetés, des lustres surchargés, des grands-mères devant d'énormes coupes de glace, de la vitrine des pâtisseries derrière laquelle s'alignent voluptueusement les tartes framboise-chocolat, les barquettes à la crème de marron, les cakes au citron, les fondants chocolat-tonka, les choux fraise-framboise, les opéras et les parfaits.
Ce midi-là, la salade de penne au crabe et aux asperges était agréablement acidulée et le sénateur était juste parfait.

Un billet pour Florence, qui me lit avec attention.

mardi 4 août 2009

Sur le port

A Biarritz, le restaurant au bord de l'eau n'a pas changé. Je ne me souvenais plus de la file d'attente mais les petits tapas au crabe et aux herbes sont bien les mêmes. Parfait pour patienter qu'une table se libère, avec un verre de cidre à la main et en goûtant aussi le petit sandwich au chorizo et piment doux ainsi que le toast aux tomates et à l'anchois frais.
Des enfants sont concentrés sur leurs esquimaux, une jeune femme porte une robe blanche avec des manches papillon en crochet, des boucles en forme de plume pendent aux oreilles de la gentille serveuse.
Nous avons parlé, autour d'une assiette de lotte à la plancha et de chipirons à l'encre, de la pertinence de lire Kafka sur la plage, de l'achat prochain d'un maillot de bain, des goûts de l'autre que l'on s'approprie, et nous avons choisi en dessert une glace au lait de brebis et au caramel (trop sucrée).

lundi 3 août 2009

Et même regarder Thalassa

Mais avec ses parents, c'est quand même moins compliqué (enfin, la plupart du temps...).
Tous les matins, j'ai étalé sur mes tartines de la confiture préparée avec les petites prunes rouges et dorées du jardin (qui se sont aussi très bien entendues avec de la pâte à clafoutis) et ce midi, après une matinée passée dans la librairie du coin (qui est en fait immense) et à essayer des robes soldées, il y avait sur la table de la salle à manger, trois homards sur un plat blanc et de la mayonnaise maison dans un petit bol.
La nuit dernière, j'ai rêvé que j'allais à un concert de Vincent Delerm (bon, je vais faire un effort, c'est la dernière fois que je parle de lui mais, comme je suis une éternelle incorrigible, j'ai repris des places pour un concert en automne) où le public était très froid, applaudissait à peine, ne voulait pas de rappel. A la fin du spectacle, j'allais lui dire deux mots et, pour me remercier, il m'offrit un disque dédicacé avec dans le boîtier une corde de guitare dans une pochette en papier.

dimanche 2 août 2009

Sa vie avant moi

Il habitait à côté du jardin public et les dimanches un peu tristes il se nourrissait uniquement des pâtisseries achetées pas très loin.
Il était habitué d'un pub dont il aimait la ham and leek pie.
A ses amis, il servait du rôti aux fruits et aux privilégiés, une assiette de merguez-purée.
Il discutait des nuits entières dans des bars choisis.
Il ne manquait aucun concert de musique électro-acoustique.
Il franchissait en douce les grilles du parc pour des balades nocturnes.
Il campait au pied des châteaux.
Et puis il fréquentait assidûment la librairie Olympique, devant laquelle nous avons bu un verre cet après-midi (thé sans lait pour les uns, bière ou cidre pour les autres) avec Gé., une fille qui à l'époque allait avec lui à des festivals de musique, l'été.
Dans la voiture, il a passé la main dans mes cheveux et il a dit "J'aime la vie avec toi" quand il a vu que bon, il y avait des choses que nous ne partagerions jamais.