jeudi 2 juillet 2009

Les consolations de madame Durand

Un jour d'automne, quelque mois après les premiers émois, G. m'avait invitée à un goûter émouvant de douceur et de délicatesse chez madame Durand. A l'époque, je n'avais pas osé révéler mon net penchant pout tout ce qui se mange et qui s'y rapporte; je n'avais encore rien cuisiné pour lui et nos repas se simplifiaient à de grandes salades sans audace sur son beau plateau ovale, de tartines fromage-confiture ou, après l'acquisition de l'indispensable panier vapeur en bambou, des dim-sum que nous avons avalés sans nous lasser pendant plusieurs semaines. La seule concession faite à mes secrets relatifs à mon goût pour la nourriture fut l'aveu de mon affection pour le chocolat et ses diverses déclinaisons. Cela tombait bien parce que G. faisait précisément un très bon gâteau au chocolat, très intense, très fondant et qu'il faudrait consommer avec modération mais qui a un goût de "J'en reprendrais bien un peu. Juste un petit morceau." (un jour, il a voulu faire une variante de ce gâteau en remplaçant l'habituel chocolat noir par du Galak... Expérience mémorable)
Je connaissais Madame Durand depuis longtemps parce que j'avais l'habitude d'acheter à Nöel un sachet de truffes pour mes parents, et puis aussi des gros marrons glacés emballés dans du papier doré mais je n'avais jamais fréquenté le salon de thé à l'étage.
Je n'ai pas de souvenirs précis de la pièce, qui désormais n'existe plus et où je ne serai allée qu'une seule fois (quelle dommage!), j'ai juste quelques images qui me reviennent, les nappes blanches, la fenêtre ouverte sur le jardin fleuri, l'argenterie, la délicatesse du serveur qui saura me conseiller le thé parfait pour accompagner la tranche de ganache au chocolat et à l'orange que j'avais choisie (je ne sais plus si cela s'appelait "Andalousia" ou "Valencia").
Ainsi, à quelques pas de la maison, il y a cet endroit minuscule et élégant, au rez-de-chaussée d'un immeuble à la façade sculptée. Il y fait toujours frais, chocolat oblige, je ne sais jamais vraiment quoi choisir mais je sais que je ne serai déçue.
Ce qui a fait la notoriété de madame Durand, ce sont ses chocolats numérotés, des petits carrés qui renferment des ganaches subtiles (fleur de sureau, anis sauvage du bord de mer, earl grey, gingembre-citronnelle, vanille, framboise, menthe fraîche, miel-piment d'espelette -celui-là, je ne l'aime pas trop-...) avec un numéro apposé à la feuille d'or qui renvoie au parfum concerné. C'est la ponctuation parfaite d'un dîner entre amis, avec une tasse de café (bien que je n'en boive jamais), parce qu'en général, les invités aiment à deviner le parfum de la ganache. Fleur de sel, orange et basilic-citron sont sans doute mes préférés.
Sur les étagères en bois sont alignées des tablettes de chocolat classées selon l'origine du cacao (j'aime bien "Sao Tomé", à cause de la sonorité), du chocolat à pâtisser, des écorces d'agrumes chocolatés, des rochers au chocolat, des pâtes de fruits, du nougat, des caramels, des biscuits aux épices, des caramels à tartiner...
La vitrine de pâtisseries n'expose plus les terrines de ganache comme autrefois mais je suis toujours absorbée par l'observation des macarons, des cookies, des brownies, des fondants au chocolat replets saupoudrés d'un voile de sucre glace, des florentins, parfois des éclairs, des tartes au citron ou aux pommes façon Alain Passard (les tranches de pommes sont enroulées sur elle-mêmes façon bouton de rose), du cake anglais aux fruits confits et de mystérieuses parts de gâteaux désuet à l'angélique ou à l'orange confite. Bien rangés à l'arrière, la série de cakes pour les jours de flemme: framboise-pavot, rhum-chocolat et orange-grand-marnier (goûté et apprécié).
En réalité, Madame Durand s'appelle Madame Roussel mais comme sa boutique porte ce nom, je m'acharne à l'appeler ainsi. C'est une petite dame très sérieuse, très gourmande, très attentive à la présentation et au bon goût des choses dont elle essaie toujours de préserver le goût naturel (cela fait que lorsqu'on croque le chocolat à la menthe, le parfum de la ganache est si puissant qu'on a l'impression de croquer des feuilles fraîches).
En début de semaine, pour oublier la malhonnêteté de certains; l'hypocrisie des autres, les déceptions et les rancoeurs, je suis allée chosisir chez madame Durand sa tarte chocolat-caramel à laquelle j'aurais juste un reproche à faire: j'aime bien quand la pâte est un peu plus épaisse, mais les deux ganaches (noir et lait-caramel) était exquises.


Elle n'a pas fait long feu, et en plus Raphaël Enthoven parlait de Voltaire.


Chocolaterie Durand
5 quai Chateaubriand
35000 Rennes

Leur site avec la liste des chocolats numérotés: http://www.durandchocolatier.fr/

vendredi 26 juin 2009

Books for cooks

Lors d'anciennes vacances londoniennes nous avions arpenté les rues de Notting Hill sous un soleil de plomb et j'étais restée sur le divan rouge de Books for cooks, feuilletant des livres dans une odeur de gâteau qui cuit, jusqu'à ce que ferme la librairie.
Déçue de ne pas pouvoir participer à une journée qui m'a mise en appétit (bouh!), je voulais parler de quelques livres de cuisine différents, précieux, audacieux, érudits et bien écrits, tellement chouettes que je les relis avant de dormir ou que je les emporte en voyage.
J'aime les livres de cuisine qui racontent une histoire, qui révèlent en creux la personnalité d'un auteur, qui donnent des connaissances pointues sans être ennuyeux, qui amusent, mettent en appétit, rappellent des souvenirs, intriguent, questionnent, donnent le sourire.
Sélection non exhaustive

La cuisine, c'est cool de Raphaël Fejtö
Acheté quand j'étais en classe troisième alors que je faisais un horrible stage dans une librairie horriblement commerciale. J'avais tout le temps de traîner dans les rayons et quand ma maman était venue me chercher le premier soir, je lui avais demandé ce livre qui me faisait beaucoup rire et me mettait étrangement en appétit alors que certaines recettes me font frissonner d'horreur (je pense à la salade d'endives au roquefort). C'est un livre pas sérieux du tout et qui s'adresse selon l'auteur "à ceux qui n'ont jamais fait le rapport entre les aliments naturels et les plats préparés, et pour qui la cuisine est une chose abstraite et effrayante", on sourit donc souvent quand on ne se sent pas concerné par cet avertissement. A l'époque, je ne me lassais pas de lire la recette du steack grillé et celle des foies de volaille au riz basmati et aux raisins secs.


Wagashi de Kazuya Takaoka, Mutsuo Takahashi, Hiroshi Yoda
En attendant d'aller au Japon (il faudrait que je dédie une tirelire à cette fin), je me délecte des très jolies photos de ce livre trouvé par hasard à la Cocotte et je rêve en découvrant les noms de ces délicates pâtisseries japonaises: Spring in the neighborhood, Midwinter crimson plum blossom, Streets of Rakuyo, A lovely autumn day...


Les bons ustensiles et les bons gestes de Frederick e. Grasser Hermé
J'ai toujours adoré le style enlevé de FeGH et sa curiosité insatiable concernant tout ce qui se mange; je me suis jetée sur son opus dédié au pâté Hénaff (qui me rappelle d'anciens goûters, avec ma maman) et ce livre, avec son bel épluche-pomme en couverture, est une mine d'idées et de détails très précis sur l'origine des objets de cuisine. Elle s'amuse avec tous les ustensiles possibles et imaginables et donne envie de posséder illico un bol Margrethe, la pelle à tarte de Matali Crasset ou une yaourtière Yalacta. Elle donne aussi quelques réponses pour ceux qui veulent des oeufs carrés, faire apparaître la Sainte Vierge sur leurs toasts ou faire cuire leur saucisses en faisant Paris-Deauville dans une Mini.


La cuisine du Cambodge avec les apprentis de Sala Baï
Ce livre m'émeut beaucoup, on devine pourquoi. Au début, je voulais être médecin pour faire de l'humanitaire au Cambodge mais, peut-être parce que je ne suis qu'une petite froussarde prétentieuse, j'ai l'impression d'avoir déjà remboursé une partie de la dette qui m'a permis de rester en vie alors tant pis, je suis super contente d'être une mini psychiatre (sans doute égoïste) qui travaillera ici.
Les recettes ne sont pas tout à fait celles de ma maman (et il n'y a pas ses fameuses galettes aux oeufs de poisson) mais j'en ai essayé plusieurs, en les adaptant un peu, et c'était délicieux. Ma maman quant à elle, était très contente de la recette des gaufres au lait de coco (très bon).


Saveurs sacrées de Stéphanie Schwartzbrod
Pour découvrir, mois par mois, toutes les recettes rituelles de la religion catholique, juive et musulmane. Pour pouvoir enfin expliquer en quoi consiste le carême, pessah, pourim, kippour, chavouot et achoura. Pour avoir faim en lisant les recettes de la harira, des crêpes mhalbi à la fleur d'oranger ou des blintze aux framboises.


Les cuisines de l'amour de Blandine Vié, Walter Ego et Dominique Couvreur
Un livre rose et bleu, qu'on peut lire dans les deux sens, qui propose avec "malice, humour et esprit" des recettes adaptées à toutes les circonstances amoureuses. Pour séduire, se remettre d'une rupture ou entériner une rencontre, plein de menus affriolants et gourmands assortis de commentaires joyeux pour que les nourritures terrestres ne se séparent pas de nourritures spirituelles (et apprendre ainsi ce qu'est un oeuf jumbo ou comment faire une tarte à la recuite).


Tous les livres de la série Foood chez Tana
Sur la photo, les deux derniers.
Modernes, jolis, inventifs, écrits par des gens qui aiment manger, lire et s'amuser.
Dans Petites [ré]créations culinaires, on découvre une merveilleuse tapisserie comestible au fromage et à la confiture, on découpe des petits cochons dans des tranches de pain grillé et on les dispose dans un parcours de rillettes, on fait des sucettes aux parfums de sous-bois.
Dans Petits festins nomades, on voudrait partager les pique-niques délicats et précieux de Sonia Ezgulian, la pro des repas nomades, qui concocte par exemple des club sandwiches puzzle, des keftas à la sauce tomate qu'elle cuit dans des boîtes à sardines sur la braise ou un épatant gâteau d'omelettes.
Mais dans la série, celui que je préfère, c'est Petits larcins culinaires...


Le livre de la cuisine juive de Claudia Roden
Typo et mise en page vraiment jolies, une érudition qui me laisse chaque fois baba, une référence je crois. J'ai essayé les boulettes de poissons à la farine de metzo, délicieuses.


The kitchen diaries de Nigel Slater
J'ai passé un long moment un dimanche après midi à essayer d'élire ma photo préférée du livre. J'hésite entre le gâteau roulé au lemon curd et aux fruits de la passion, le poulet rôti avec la purée au fromage et la sauce à l'ail, le poulet sucré et collant, le cobbler pêches-myrtilles, le chèvre cendré dégusté sur un morceau de pain avec une pêche veloutée ( il faut croire que j'aime le poulet, et les pêches) ou l'exquise simplicité d'un riz sauté.


Feast de Nigella Lawson
Mon préféré de ma cuisinière anglaise préférée qui se lève la nuit pour finir le gâteau au chocolat et prépare la dinde de noël en pensant déjà aux sandwiches qu'elle pourra confectionner avec les restes. C'est souvent le livre que j'emporte quand il s'agit de partir loin pour des choses désagréables. Parce que c'est très réconfortant de penser qu'il est possible de faire à la maison un cheesecake aux pommes avec de la butterscotch sauce ou un gâteau au chocolat et au miel avec des petites abeilles en pâte d'amande sur le dessus. Le chapitre sur la cuisine géorgienne et Rosh Hashanah sont passionnants mais j'ai un faible pour celui intitulé "Midnight feast" et son "Back-from-the-bar snack", mélange revigorant de pommes de terre cuites, petits pois, bacon, oeufs et cheddar.


Italian country cooking, the secrets of cuccina povera de Loukie Werle
Je ne me lasse pas des photos qui mêlent faïence ancienne, couverts en corne, vieille marmites, cocottes en fonte, planches en bois éprouvées, nappes épaisses, torchons en lin froissés. J'ai appris grâce à ce livre à faire des petites paupiettes de chou farci super bonnes et du poulet all'arrabbiata qui arrache en douceur.

Et puis j'aime bien aussi Cantines, La table du thé, les petits livres de l'Epure, A platter of figs, Rose Bakery et Le livre de cuisine de Marguerite Duras.
Et puis 1080 recettes de Simone et Inès Ortega, à cause des dessins (et surtout celui du frigo...)


Et vous, vous aimez lesquels? (la prochaine fois, je raconte une vraie histoire)

lundi 8 juin 2009

Le cobbler fraise-rhubarbe d'Albertine et les questions des Booktravellers

Cette semaine:
-j'ai arrêté de porter des collants
-j'ai reçu plein de cartes postales et de petits mots (jeune fille en goguette dans un train entre les montagnes, vieille amie qui rentre d'un stage de voile, jeune femme à laquelle je pense en silence -que j'ai toujours su mal briser-)
-j'ai goûté l'éclair au chocolat de chez Cozic: crème délicieuse mais chou un peu trop sec. Par contre, guimauve à la fraise parfaitement moelleuse, parfumée et régressive
-j'ai visité un appartement en face de mon cinéma préféré
-au Tire-bouchon, vendredi soir, il y avait un monde fou, y compris en terrasse. Il n'y eut rapidement plus de gigot d'agneau puis d'asperges vertes (servies en entrée avec un oeuf mollet), puis de clafoutis aux fraises, puis de crumble aux pommes puis de riz au lait (un jour -quand j'aurais réussi à prendre des photos décentes de l'endroit en question-, il faudra que je vous reparle de la dame qui prépare les desserts, Marianne elle s'appelle)
-G. a fait son premier smoothie, fraise-banane-orange. Très bon siroté à la paille (rose) en grignotant quelques biscuits
-hier, il y eut des langoustines au dîner, délicieuses, charnues et iodées
-ce matin, pluie fraîche sur les pavés, j'ai fait un gâteau que j'apelle déjà le cobbler Albertine

Le cobbler fraise-rhubarbe d'Albertine d'après une recette de Simply Recipes
J'ai mis plus de fraises que de rhubarbe et sans doute moins que les quantités préconisées, ça marche aussi. Et puis j'ai mis de la vanille parce que je n'avais pas d'oranges à zester.

Dans un plat mélanger 200g de fraises coupées en morceaux, 400g de rhubarbe en tronçons, 60g de sucre, 2 CS de perles du Japon et les zestes de deux oranges (ou les graines d'une gousse de vanille et la gousse). Mélanger et réserver.
Préparer la pâte: mélanger 125g de farine, 2 CS de sucre, un demi sachet de levure puis incorporer rapidement 50g de beurre mou salé puis un oeuf puis 60mL de lait. Ce n'est pas grave s'il y a des grumeaux.
Déposer des grosses cuillères de pâte sur les fruits (si vous suivez les proportions initiales, il n'y aura pas assez de pâte, c'est normal), saupoudrer de sucre et enfourner une demi-heure à 180° (le dessus doit être doré).
Délicieux avec de la crème fraîche et j'essaierai sûrement une version pomme-mûre.
Merci Albertine!


Et puis aussi, comme le temps s'y prête, je réponds aux petites questions des Booktravellers.


Alors est-ce que je corne les pages ou est-ce que j'utilise des marque-pages?
Argh, des pages cornées, je crois que j'aurais du mal à supporter. En général, j'utilise en marque-page ce qui me tombe sous la main d'un peu joli, une carte postale, un petit mot sur un bout de papier arraché à un cahier, une carte de restaurant... En ce moment, c'est la carte d'un magasin parisien où j'étais allée en février avec deux copines, l'atelier d'une jeune femme qui utilise du papier washi pour fabriquer divers objets. J'avais acheté deux rouleaux de papier que je n'ose pas utiliser même si les idées ne manquent pas (couvrir juste un cahier, enrober ce qui était une boîte de chocolats chics, rendre unique un banal abat-jour).
Pour en revenir aux marque-pages, j'en avais un très beau, offert par G., un dessin de cerisier japonais, avec une petite cordelette bleue et je l'ai perdu probablement sur un quai de métro en rentrant de l'hôpital alors que je lisais par ailleurs un roman que j'avais trouvé ennuyeux (Middlemarch, pavé de George Eliott).

M'a-t-on déjà offert un livre?
G. a l'art d'offrir les livres (des introuvables ou le dernier Nigella alors que je ne savais même pas qu'il était sorti ou un livre aperçu il y a plusieurs mois dans une librairie et auquel j'avais résisté...)
J'adore qu'on m'offre des livres, c'est l'un de mes cadeaux préférés, parce que les gens qui le font ont parfois une connaissance intime de mes goûts même si cela ne concerne qu'un seul secteur d'intérêt.
Cette année, j'en ai eu de très chouettes: un Gombrowicz de la part de Rose, les merveilleux livres qui arrivent emballés de rouge choisis par Albertine, un roman japonais tendu par I. dans un salon de thé, Une part de ma vie donné par S., les beaux articles de Guibert expédié par E., un clin d'oeil à la blanquette par une fille qui l'aime bien citronnée...

Lire dans mon bain?
Je n'en prends jamais mais si je le faisais je crois que je préférerais un magazine.

Est-ce que j'ai déjà pensé à écrire un livre?
J'ai commencé plein d'histoires quand j'étais ado mais je crois que je n'ai ni la plume ni la trempe d'un écrivain. Quand je lis Proust, je me sens vraiment minuscule.

Que pense-je des séries?
Je ne dois pas aimer ça puisque je n'en lis jamais.

Mon livre culte?
Le livre que j'adore par dessus-tout, aussi parce que le l'ai lu l'été où j'attendais les résultats de l'internat, celui qui m'a épatée à chaque page, dont je relisais parfois immédiatement les chapitres, que je trouve vraiment brillant, c'est La vie mode d'emploi. J'aime tous les Perec que j'ai lu, j'adore le premier chapitre des Choses et l'album sur Ellis Island m'émeut aux larmes.
Sinon en ce moment, quand je suis un peu triste, j'aime bien lire Le journal d'adolescence de Virginia Woolf, délicieusement écrit, malicieux et profond.
J'ai beaucoup d'affection aussi pour mes romans d'ado (les Judy Blume, Je ne t'aime pas Paulus, Les peurs de Conception, Nos amours ne vont pa si mal) et puis un roman bizarre, dont le titre anglais est Bilgewater (Une éducation sentimentale en français), l'histoire d'une fille qui s'appelle Marigold, vit avec son père dans un pensionnat de garçons en Angleterre, est terriblement amoureuse de Jack Rose, le capitaine de l'équipe de foot tout en n'étant pas indifférente à Terrapin, garçon compliqué et elliptique, jusqu'à ce que débarque Grace Gathering qui vient d'être renvoyée de Darlington Hall et qui va séduire Jack grâce à sa quantité presque monstrueuse de cheveux (brillants et souples). Je dis que c'est un livre étrange parce que l'ambiance est très particulière, les relations ne sont parfois que suggérées entre les personnages et Marigold est pour le moins bizarre.


Bon sinon vous savez bien, j'aime Marguerite Duras, Valérie Mréjen, Shakespeare, Jane Austen et Lewis Caroll.
Et Simone de B., la classe et l'intelligence, tout en même temps.

Est-ce que j'aime relire?
Les passages que j'aime bien (à condition que, comme G., je prenne la peine de les noter au crayon gris sur la dernière page du livre).
Sinon, j'aime bien relire des BD, comme de Mal en pis.

Rencontrer des auteurs que j'aime bien?
Malheureusement Proust, Duras, Perec, Guibert, Simone de Beauvoir et Jane Austen sont morts (pourtant je suis sûre que J. Austen devait être de très bonne compagnie). D'une manière générale, je lis peu de littérature contemporaine, je ne me sens pas concernée. Bon, il y a l'exception Mréjen mais je ne sais pas si j'aimerais la rencontrer. Comment ne pas avoir l'air stupide dans ces occasions? Comment expliquer comme le livre nous a parfois aidé à vivre?
(G. me rappelle que j'ai bien aimé le Marisha Pessl, La physique des catastrophes. C'est vrai. J'aime bien appeler ce livre La catastrophe de mon physique).

Emprunter ou acheter des livres?
Jamais je ne reprendrai de carte de bibliothèque, je regrette trop tous ces livres lus jusqu'à ce que je quitte la maison de mes parents. J'avais emprunté à la bibli tous les Guibert, les Duras, les Koltès, les Shakespeare, et j'ai du mal à les racheter parce qu'ils n'ont pas d'histoire et que je n'ai pas toujours envie de les relire tout de suite.

Des choses un peu honteuses que j'ai lues?
Bon j'avoue, j'ai lu un Anna Gavalda (juste un bout, le premier. On me l'avait offert. D'ailleurs on me l'a offert trois fois. Genre j'ai une tête à aimer Anna Gavalda).

Comment je choisis mes livres?
Je crois que ce que je préfère c'est quand quelqu'un que j'aime beaucoup m'en conseille un mais l'une de mes activités favorites est de traîner dans les librairies alors c'est le hasard qui choisit. Ah, j'aime bien aussi quand j'entends quelque chose à la radio qui s'y réfère, un cinéaste qui cite un auteur, quelque chose comme ça.

Le livre idéal?
Difficile, quand je pense à idéal, je pense à La vie mode d'emploi mais aussi à Sister Carrie, Le destin de M Crump, Les Hauts de Hurlevent, Anna Karénine, Madame Bovary. Je ne sais pas ce qu'ils ont en commun mais je ne pouvais m'en séparer.

Lire au-dessus de l'épaule des gens?
Jamais avec insistance.

Lire en mangeant?
Un roman, c'est impossible: je ne peux pas me concentrer sur deux sources de plaisir à la fois mais quand je suis de garde, il m'arrive de manger des steacks hachés de veau à la portugaise (!) avec du riz en lisant le Elle ("Passez les fêtes sans prendre un kilo", "Trouvez le jean qui vous va" etc)

Lire avec de la musique, en silence?
A la maison j'aime le silence mais sinon, j'aime bien lire dans le brouhaha feutré des cafés ou en bord de mer.
(en fait, ça n'a rien à voir, mais j'adore lire dans une atmosphère qui sent le gâteau en train de cuire, avec une tasse de thé).



Les livres électroniques?
Jamais.

Le livre que je suis en train de lire? Le prochain?
Je viens juste de terminer (péniblement) le dernier recueil de nouvelles de Zoyâ Pirzâd, je vais commencer Les cahiers de jeunesse de Simone de Beauvoir mais G. m'a aussi parlé de Laura Kasischke et d'un petit roman de Jonathan Coe La femme de hasard.

Est-ce que j'ai déjà abandonné la lecture d'un livre?
Je n'aime pas faire ça mais c'est arrivé des tas de fois (il m'arrive d'acheter un livre juste parce que j'aime la couverture. C'est très mal).

Le premier livre que j'ai adoré?
Probablement Ping, petit canard chinois, sur lequel mes parents m'ont appris à lire.


mercredi 3 juin 2009

La vie comme elle va -on était bien, bain de mer et draps de bain-

Que fait-on un lendemain de garde pendant laquelle on a couru un peu partout dans l'hôpital sous un soleil de plomb?
On dort un peu, on lit beaucoup (des nouvelles, des livres de cuisine), on va s'allonger sur le divan, on écoute Raphaël Enthoven lire Rainer Maria Rilke, on va boire un verre en terrasse avec son amoureux et on traverse la ville pour aller choisir une pâtisserie chez Cozic, adorable boulangerie où j'emmènerai certainement une fille très cool (qui a eu la classe de m'envoyer un colis que j'ai reçu aujourd'hui) que j'avais traînée à la boulangerie Hoche où le flan pâtissier s'était révélé "pas aussi bon que celui de Pauline quand même" (un jour je vous parlerai du flan pâtissier de G., plein de crème et délicieux, d'après une recette arrachée d'un magazine féminin pendant une garde justement).
J'ai un peu souffert le long du trajet jusque chez Cozic (ils ont un corner aux halles qui sont plus proches de la maison mais il n'y a pas de gâteaux, juste des viennoiseries et quelques pains) à cause d'une allergie saisonnière qui me donne parfois envie de m'arracher la tête, mais la vitrine des pâtisseries valait bien ce petit effort. Il y avait des tartelettes chocolat-framboise, chocolat-caramel, pomme-rapadura, citron-meringue, caramel au beurre salé, des petits cakes carotte-orange, un gâteau fromage blanc-coeur de fraise, un très épais carré aux myrtilles, des scones aux raisins, des lingots au citron, des croûtes à thé... J'en oublie. En fait je convoitais une tartelette aux fraises aperçue juste avant d'aller voir Sylvie Testud au TNB (pour les Rennais qui regrettent de n'avoir pas pris de billets: pas de regrets, c'est une pièce très ennuyeuse) mais il n'y en avait pas aujourd'hui. J'ai laissé la jeune fille qui me suivait dans la file faire son choix, j'avais besoin d'un peu de réflexion.
Je n'aurais pas pensé cela de moi mais j'ai choisi la tarte pomme-rapadura et je suis rentrée à la maison, mon petit paquet à la main, en essayant de ne pas trop éternuer.
Avec un verre de lait frais, j'ai croqué l'ovale de pâte feuilletée qui s'est révélée légère et discrètement salée ce qui allait très bien avec les grosses tranches de pommes, douces et charnues. Je sens que je vais essayer toutes les pâtisseries, les unes après les autres.
***
Sur la photo, un livre dont j'avais entendu parler chez Clotilde, et que je voulais absolument après l'avoir feuilleté dans une librairie culinaire viennoise (où il était vendu à un prix indécent). Dans A Platter of Figs and Other Recipes, David Tanis qui a un restaurant en Californie, élabore des menus qui, outre le fait de respecter les saisons et de préparer simplement de bons produits, reflètent ce que la cuisine peut avoir d'inspirant et de délicat, et donne envie d'inviter au plus vite des gens qu'on aime autour d'un repas pensé, ce qui le rend accessible et classe à la fois. Les photos sont vraiement chouette et j'ai testé des recette du Yellow menu, un poisson grillé après avoir mariné dans un mélange d'épices (curcuma, gingembre, coriandre, cumin, piment), servi avec une sauce au yaourt. Le tout s'est révélé délicieux.
***
Le week end avant la garde, il y eut une chambre vue sur mer.


La dame qui tenait cette chambre d'hôtes dans les côtes d'Armor s'est révélée être une excellente cuisinière (et au moment du départ, j'ai jeté un oeil discret dans sa cuisine, vaste pièce centrée sur une grande table en bois brut. Sur la gazinière, des artichauts étaient en train de s'attendrir dans une énorme cocotte rouge Le Creuset) et nous a servi, lors d'un dîner très doux, du gravlax de saumon fondant, un filet de bar avec des cocos de Paimpol et une sauce au citron que je n'aurais jamais imaginé finir et une tarte tatin déconcertante d'humilité. A la table d'un côté, un couple plus âgé ne perdait pas une miette de leur homard grillé.
Le lendemain, après un petit déjeuner parfait (pour aller sur les tartines beurrées il y avait une confiture de rhubarbe à l'orange et une autre, abricot et anis), nous avons pris un bateau parmi une foule que nous ne cesserons ensuite de fuir. Ma jupe grise a gonflé comme une mongolfière quand il fallut poser pied à terre.
Rentrés sur le continent, nous avons déambulé sur des sentiers côtiers qui croisaient des maisons peintes en blanc, des gros rochers et parfois même des petits lacs où défilaient des cygnes.
C'était bien. J'espère qu'on le refera.
***
Demain, une nouvelle garde, mais après, quelques jours loin de l'hôpital qui me donneront l'occasion de parler de livres et des façons de lire, sur l'invitation de booktravellers.
Et puis aussi, ça n'a rien à voir et ça fait midinette mais bon; sur le site du Fooding, il y a les restaurants préférés de Valérie Mréjen et Raphaël Enthoven, j'aime bien ce genre de chose.

jeudi 21 mai 2009

La samba des jours avec toi -cabillaud rôti, asperges vertes et sauce au citron-

En ce moment, il écoute de la musique expérimentale. Pour des oreilles habituées aux rivières de janvier, à l'écume des souvenirs, aux matins blêmes et aux bracelets rouges de la piscine, c'est un peu comme goûter pour la première fois de la glace au sésame noir: un voyage en terre étrangère, que l'on aimerait refaire. J'attends qu'il m'emmène à un concert.
Il lit Ondine, soigneusement choisi chez Corti, à côté du Luxembourg où nous n'étions pas allés ce samedi-là parce qu'il pleuvait beaucoup.


Il a grand appétit pour les fraises, les asperges, la rhubarbe, et il attend avec impatience les figues et les pêches (à moins qu'il ne préfère les nectarines, il faudra que je lui redemande).
Il prépare souvent pour déjeuner un petit sandwich au jambon de parme, parfois aussi au saucisson, et cela lui rappelle des vacances passées dans les montagnes avec ses parents.
A Cojean, quand il a demandé un quatrième stick de sucre pour le café, la jeune fille avec le tee-shirt bleu ciel lui a dit "Oh alors vous êtes Monsieur Très Sucre!" (j'y ai vu une tentative de drague mais les avis divergent).
Il ne veut pas mettre sur le pare-brise de la voiture le caducée qui révèle sa profession, parce que bon quand même ça fait un peu genre.
J'aime bien l'écouter m'expliquer qui est le grand Autre, j'aime bien quand il propose de prendre un troisième dessert au Tire-Bouchon (juste un peu de glace au caramel) et puis j'aime bien quand, comme l'autre soir, il vient s'asseoir dans mon bureau (où il a monté une nouvelle petite bibliothèque, chic!)


et feuillette avec moi des livres de cuisine. On a ouvert un opus de Jamie et il a découpé des petits papiers dans des vieilles ordonnances pour marquer les pages. Le samedi suivant, devant le stand d'Annie Bertin et les cagettes d'asperges vertes rutilantes, on a vite fait le lien avec la recette de la page 222: Delicious roasted white fish wrapped in smoke bacon with lemon mayonnaise and asparagus


J'ai choisi du cabillaud parce que celui de Stéphane (c'est mon poissonnier, et c'est un ancien prof de maths) était très frais. A la place du bacon, j'ai pris de la pancetta en tranches très fines, et plutôt que le romarin préconisé, j'ai mis de l'origan. Essayez, tant qu'il y a encore des asperges au marché, parce que leur délicatesse, ainsi que celle du poisson contrastent délicieusement avec la pancetta et la vivacité de la sauce au citron.

Cabillaud rôti, asperges vertes, sauce au citron
Il s'agit de choisir des morceaux de poisson un peu épais.
Sur chaque face, vous poivrez vous zestez un citron bio et vous parsemez modérément d'origan. Vous massez légèrement pour faire adhérer et pénétrer. Vous enveloppez ensuite chaque morceau dans des tranches de pancetta.
Vous faites chauffer un peu d'huile d'olive dans une casserole qui va au four et vous faites dorer sur une seule face les morceaux de poisson, puis vous enfournez la casserole pendant une dizaine de minutes à 160° (poisson cuit et pancetta crousti).
Pendant ce temps, vous faites cuire les asperges à la vapeur et vous préparez une mayonnaise que vous citronnez généreusement.
Pour servir (sur des assiettes chaudes!): le poisson, les asperges arrosées du jus recuilli dans la casserole ayant servi à cuire le poisson, et la sauce au citron.

En ce moment, le travail me pèse un peu et j'ai un net penchant pour la brioche trempée dans le chocolat chaud le matin, les fraises grignotées sans fin et les biscottes beurre salé-gelée de mûres qui allaient très bien avec le bel article de Mia Hansen Love sur la Nouvelle Vague dans Les Cahiers de ce mois-ci (arrachez la couverture et mettez-la à la poubelle si comme moi elle vous insupporte).

samedi 16 mai 2009

Racines

L’adresse et le numéro de téléphone avaient été rapidement griffonés au début de l’année dans mon agenda entre une recette de pasteis denata et l’horaire des séances de Frozen river. On est allé voir Frozen river (très bien), j’ai fait des pasteis de nata (à améliorer mais peut-être que mon nouveau livre de cuisine lisboète offert par G. va m’éclairer) mais plutôt que d’aller à Racines, nous nous étions aventurés jusqu’au fin fond du quatorzième et nous avions passé un délicieux moment à la Régalade, qu’on ne présente plus mais dont on ne peut que vanter la gentillesse du service, le rondeur charnue des Saint-Jacques et le fondant de la poitrine de cochon qu’Estérelle nous avait par ailleurs appris à faire. Un autre soir, Racines avait encore été évincé par Itinéraires, caché dans une petite rue calme où se succèdent des maisons aux balcons fleuris. Les tables voisines étaient un peu trop à droite mais j’ai bien aimé les rillettes de sardines avec le sorbet de cornichon et le carpaccio de champignons aux palourdes et au cédrat. Le baba au rhum était quant à lui irréprochable.
C’est en feuilletant mon agenda pour trouver une recette de cookies que Racines s’est rappelé à moi et j’ai téléphoné le soir même pour réserver. Le garçon au bout du fil avait de la répartie et a promis de garder une table.
Il faisait doux quand nous avons arpenté les trottoirs fréquentés qui menaient jusqu’aux grands boulevards. Racines se cache presque dans le Passage des Panoramas et brouille les pistes tout en annonçant la couleur en arborant l’enseigne d’un marchand de vins. La salle est toute petite ; bois, ardoise, petits carreaux et jolies bouteilles un peu partout. Au fond de la pièce, la cuisine est ouverte. Le patron affiche avec classe queue de cheval et tatouages, le chef a le sourire timide, le sommelier, peut-être plus jeune que moi, est Brestois et porte des lunettes de premier de la classe. Il s’avérera qu’il fait rudement bien son travail et sait parler des vins comme certaines parlent de littérature : avec érudition, malice et gourmandise (à lire absolument, la relation que Julie entretient avec les pommes et les livres).
Assis en terrase, en goûtant un vin blanc qui a su garder son identité dans sa catégorie, j’ai observé les gens avec qui nous allions partager le repas. A la table d’à côté, une famille fête un anniversaire. L’aînée des filles porte une robe en satin noir et des escarpins à talon, sa sœur a un peu froid dans sa robe sans manche au tissu fleuri. Les parents ont l’air content, ils essaient de manger proprement du homard grillé. Dans la salle, des couples d’amoureux, un groupe d’amis qui partagent du lard de colonnata, trois Japonais qui ont tous choisi de manger la même chose.
Sur l’ardoise qu’on nous apporte, l’équation est simple. Trois entrées, quatre plats, un fromage, deux desserts. Tout fait envie et la brièveté de la carte me ravit en ce qu’elle suggère de fraîcheur et d’attention accordée aux plats.
Tout était élégant sans sophistication ostentatoire, tout était extrêment frais, parfaitement cuit et assaisonné. En entrée il y avait une salade de jeunes pousses et de fins légumes dont chaque bouchée était différente, parfois piquante, parfois douce, avec toujours le goût d’un très bon parmesan, pourtant presque invisible . Tous ces légumes venaient de chez Alain Passard et Annie Bertin qui tient son stand tout les samedis au marché des Lices, pas très loin de l’Hôtel des ventes et sans jamais afficher sa notoriété. C’est une petite dame aux joues creuses, aux cheveux gris et bouclés, qui propose des salades ultra fraîches, des herbes pleines de goût, en saison des asperges vertes fines et souples, des betteraves bicolores et du cerfeuil tubéreux.
Il y avait aussi pour commencer le repas, ces mêmes asperges qui accompagnaient un fois gras poêlé parfait. J’ai bien aimé les petites fleurs qui parsemaient l’ensemble.


Ce soir-là, j’ai goûté pour la première fois des ris d’agneau, croustillants au-dehors et moelleux au-dedans, servis avec des couteaux et des oignons nouveaux. Un mélange étonnant et une photo aux couleurs un peu rétro.


Il était impossible de ne pas goûter les deux desserts : une tarte au citron (meringue très légère au miel, presque mousseuse, crème au citron juste acide, pâte à tarte très fine parfumée aux grains de sésame) et une tarte au chocolat et au caroube intense, frôlant l’amertume sans jamais agresser le palais.


Le choix du vin est laissé à l’appréciation du garçon aux lunettes, en qui l’on peut définitivement faire confiance.
Je ne sais pas si c'est parce qu'il s'est installé à la place d'une imprimerie mais Racines est comme un lieu où l'on a l'impression de se redécouvrir et qui donne aussi l'envie de revenir, avec son amoureux ou de vieux amis qui auraient connaissance de certains de nos mystères.

Racines
8, passage des Panoramas
75002 Paris 01 40 13 06 41

La Régalade
49, avenue Jean Moulin
75014 Paris 01 45 45 68 58

Itinéraires
5, rue Pontoise
75005 Paris 01 46 33 60 11

dimanche 26 avril 2009

J'ai dû faire de mon mieux, tu ne m'as jamais prise au sérieux -brownies less is more-

En rentrant déjeuner mercredi midi j'ai trouvé un paquet bleu enrubanné de vert sur mon assiette. Suite à plusieurs atermoiements les jours précédents patiemment supportés par G.("Je veux pas lire ce dont tout le monde parle!" "Et puis c'est Sumimasen que je voulais! C'est pas juste qu'il soit en réimpression!" [...] "En fait ça a l'air trop bien, je le veux trop!" "Il est dans aucune librairie! J'en ai marre de cette ville sans librairie digne de ce nom!" On en reparlera.), il s'était mis en quête de Tokyo Sanpo et j'adore le feuilleter dans le désordre à tout moment de la journée (avant d'aller me coucher, en grignotant quelques biscuits, en buvant une tasse de thé au yuzu, juste avant de partir au travail). J'aimerais bien savoir dessiner comme ça. Mes crayons de couleur, achetés à la Albertina sous l'insistance de G. qui a beaucoup d'indulgence pour les gros chats ou les parts de gâteau que je griffonne sur mon agenda, s'impatientent.
Un autre livre dont j'aime tourner les pages à l'improviste est arrivé par la Poste il y a quelques temps déjà après avoir été convoité sur le site de la Cocotte et admiré à la librairie du Palais de Tokyo où l'hiver dernier, après avoir bien ri au musée Guimet avec une fille qui porte avec désinvolture des souliers vernis, nous sommes allées nous désaltérer et rêvasser en regardant la nuit tomber (après j'ai repris le métro, je me suis perdue dans Barbès et, grâce à un gentil boulanger, j'ai retrouvé mon chemin et j'ai pu dîner comme prévu en délicieuse compagnie à Afghani, recommandé par une fille de bon conseil, on le savait déjà).
Ce livre parle de nourriture (son emballage, les lieux où on la consomme, ce qui l'attend dans le futur...) mais il parle aussi des gens, et le chapitre que je préfère décortique les habitudes alimentaires de quelques archétypes et permet ainsi de voir l'intérieur de leur frigo, ce qui selon moi, avec les étagères de bibliothèque, donne une idée assez précise de la personne que l'on a en face de soi (même si mon quotidien me rappelle aussi que la psyché peut réserver quelques surprises). Merci Mingou d'avoir été attentive!




Cette semaine j'avais aussi pour mission de faire des blondies mais ce gâteau est diabolique: si délicieux qu'il a été dévoré sans que je n'aie eu le temps de le photographier. Les blondies, à déguster avec un verre de lait froid en rentrant du cinéma où vous vous êtes endormis malgré Jeanne Balibar, ont le goût de cookie au chocolat mais offre davantage de mâche, ce qui procure encore plus de plaisir!
Hier j'ai voulu en refaire sauf que la veille, nous avions été un peu déçus par un gâteau au chocolat et à la farine de sarrasin servi à la fin d'un repas pourtant délicieux dans un nouveau restaurant rennais (de ça aussi je reparlerai) et nous étions restés sur cette petite frustration de gâteau au chocolat. Ainsi, alors que nous vaquions dans divers lieux mercantiles (où G. a eu l'élégance de ne pas remarquer que la bande sonore était constituée par des chansons de Vincent Delerm et Radiohead) s'est élevé le désir commun d'avoir pour le goûter le pendant du blondie, à savoir un brownie. "Aux noix de pécan" a dit mon amoureux élégant (mais il se trouve que la prochaine fois, je le ferai plutôt aux noisettes ou aux amandes).
Bon, je conçois qu'il y a des gâteaux plus avant-gardistes mais ça peut toujours servir d'avoir une chouette recette de brownie sous la main, une recette sur laquelle on peut compter en toute occasion (un changement de service par exemple). Comme le brownie de Rose Bakery a toujours beaucoup de succès et qu'une testeuse exigeante m'a confirmé la justification, j'ai d'abord ouvert le grand livre vert mais comme je voulais être bien sûre de mon choix, j'ai aussi regardé comment faisait Nigella et j'ai finalement choisi sa version des brownies (qu'elle a servi en carrés assemblés en pyramide et surmontés de longues bougies pour l'anniversaire de son mari) qui ne diffère que très peu finalement de celle de Rose Bakery.
La recette est simplissime mais il y a deux points cruciaux: la qualité du chocolat (j'ai pris du guanaja de Valrhona) et la durée de la cuisson (j'ai laissé 11 minutes dans un four préchauffé à 180° en ayant divisé les proportions par 3, le centre était un peu "cru" mais pas coulant, on doit pouvoir laisser jusqu'à 13-14 min, mais après ça risque d'être trop cuit).

Le brownie de Nigella
Pour 48 carrés (un moule de 33x23 dit-elle. J'ai divisé par trois et fait cuire dans un moule de 20cm de diamètre)

-375g de chocolat noir à pâtisser (125)
-375g de beurre demi-sel (125)
-6 oeufs (2)
-500g de sucre (170)
-225g de farine (75)
-1 cuillère à soupe d'extrait de vanille (1cc)
-des noix de pécan, des noisettes, des amandes ou même rien du tout, c'est vous qui voyez

Faire fondre le chocolat et le beurre au bain-marie.
Fouetter le sucre et les oeufs, verser la vanille.
Ajouter le chocolat fondu une fois qu'il aura un peu refroidi et bien mélanger.
Verser la farine, bien mélanger.
Verser dans un moule recouvert de papier cuisson et laisser cuire 25 minutes dans un four préchauffé à 180° pour un gâteau de cette taille mais seulement 11 à 13 minutes si vous divisez les proportions par trois. Si vous y plantez un couteau, il ressort un peu sale mais pas avec de la pâte toute coulante dessus.
C'est très bon avec un peu de fromage blanc (pour les Rennais, celui qui est vendu en pot chez Sébastien Balé est extra: crémeux, frais, avec un goût de vacances à la campagne).

La semaine ne fut pas que remplie de douceur. J'ai dit au revoir à quelques patients du service, j'ai porté des collants et un pull noir un jour où toutes les filles autour de moi étaient en robes légères et tuniques en lin, j'ai fait deux séances catastrophiques chez madame C., pleines de larmes et de propos vains. J'étais très préoccupée par S., parce qu'on devait aller au cinéma, et dîner quelque part, mais qu'en fait, parce qu'il a fait quelque chose de blessant et d'incompréhensible, on ne se parle plus et il me manque un peu.

jeudi 23 avril 2009

Partir en voyage et apprendre à faire un lit

Ma voisine côté hublot avait une frange blonde, une robe bleue qui brillait beaucoup et un petit perfecto en cuir vieilli.
L’hôtesse vêtue de rouge nous a servi une barquette de raviolis avec une sauce aux champignons et pour le dessert une crème chocolat et café dans une petite boîte triangulaire.
La fenêtre de la chambre d’hôtel donnait sur une cour où règnait un marronnier centenaire majestueux qui déployait des branches tentaculaires. J’ai bien aimé l’édredon blanc et très épais.
J’ai bien aimé aussi les maisons d’Egon Schiele, ses arbres tristes et crépusculaires,
j’ai bien aimé les spaghettis au pesto d’ail des ours et aux écrevisses servis chez Wrenkh (bien que la sauce à l’orange et au chili qui recouvrait le tout ne se soit absolument pas révélée indispensable),
j’ai bien aimé le canapé en cuir sur lequel j’ai fait la sieste chez Phil en écoutant des chansons acidulées (il y avait aussi un abat-jour très joli, un service à thé vintage, les livres de Miranda July et Marjane Satrapi en allemand),


je suis restée très longtemps devant un tableau de Jérôme Bosch, et dans la même salle, j’ai trouvé très belle la Lucrèce de Cranach,
j’ai bien aimé déguster d’étonnantes petites tartines chez Trzesniewski au milieu de vieilles dames toutes adeptes l’air de rien des toasts de pain noir au hareng et aux oignons doux avec un grand verre de bière. J’ai trouvé cela délicieux et émouvant, G. quant à lui a choisi un jus couleur myrtille et il paraît que Kafka adorait ça,


j’ai bien aimé la tarte aux pommes acidulée, fondante, craquante, achetée presque à la sauvette chez Suppito, un endroit tenu par une artiste bretonne et un docteur viennois où l’on peut venir chercher des soupes originales, saines et colorées vendues dans un joli conditionnement (et je suppose que l’on peut aussi feuilleter les nombreux livres de cuisine alignés sur les étagères en bois clair),


j’ai bien aimé la terrasse du café Sperl, le pianiste du café Central, le goulash épicé et le jus d’orange frais servis avec une gentillesse remarquable au café Diglas, l’ombre de Thomas Bernhard sur les banquettes en velours du café Braunerhof, mais le café que j’ai préféré, celui où j’ai demandé à passer la dernière soirée, c’est le Kleines café avec son monsieur mystérieux dînant seul en terrase avec le regard triste et inspiré, un groupe d’amis qui partageait des tartines, une fille à lunettes qui avait l’air sympa, des garçons qui voyageaient avec le guide Phaidon, une autre fille qui faisait découvrir la ville à ses parents et puis pour favoriser l’addiction un chocolat chaud parfait et du pain croustillant et moelleux qui allait très bien avec du fromage, du jambon ou du saucisson,
j’ai bien aimé le brownie à Kantine,


j’ai bien aimé les chaises colorées à Milo,


j’ai bien aimé l’installation sonore de Nam June Paik, son piano bariolé, la passoire suspendue,


j’ai bien aimé les sashimis du restaurant japonais de la place Albertina mais j’ai préféré le dîner chez EN, leur vaisselle délicate, les gyozas bien grillés et goûteux, le goût de la glace aux haricots rouges (une grande première pour moi !),
j’ai bien aimé la maison de Freud mais j’ai hâte de retourner à Londres voir son divan,
j’ai bien aimé le tour de grande roue un peu désuète au Prater,
mais ce que j’ai préféré par-dessus tout, ce fut la surprise de voir pour la première fois La maman et la putain à la cinémathèque locale au milieu d’une faune hétéroclite réunissant universitaires barbus et garçons branchés chevelus. Ce fut un moment indescriptible, la sensation d’assister à quelque chose d’exceptionnel bien qu’il soit ancien. Après le film, dans la nuit bien avancée, nous sommes allés goûter la buchteln tiède du café Hawelka, franchement délicieuse malgré le serveur exécrable. G. a dit : « Je ne pensais pas que ce serait aussi bien ».

mardi 7 avril 2009

Les sandwiches de Georges Perec, le poulet coco aux graines de moutarde de Nigel (et un restaurant qui n'est pas comme avant)

Une énigme (pas très compliquée) pensée par Georges Perec et recopiée sans scrupules dans mon agenda Moleskine noir sur la page lignée qui fait face à la semaine quatorze lors d'un moment de désoeuvrement dans une librairie qui fermait tard.

Les sandwiches
Quatre amis partent en pique-nique: Alain, Brigitte, Charles et Denise. Chacun emporte un sandwich différent: salade, fromage, poulet, rosbif.
Si l'on vous dit que:
-ce qui garnit le sandwich d'Alain est de couleur jaunâtre,
-Brigitte est végétalienne,
-Charles ne supporte pas les laitages,
-Denise n'aime pas la viande,
saurez-vous attribuer un sandwich à chacun?

Le sandwich-club que vous voyez ci-dessus est celui que l'on vous servira, uniquement au déjeuner, chez Marc Angelle, sur la jolie place de la Parcheminerie.
Il y a quelques années, lors d'un été où ma tenue préférée consistait en une jupe rose, une chemise rayée et des sandalettes, nous avions dîné un peu par hasard (ou sur les recommandations d'une personne que j'ai préféré oublier) dans l'ancien restaurant de ce même Marc Angelle. C'était une adresse très discrète, sur une artère particulièrement laide de la ville, coincée entre un garage automobile et un livreur de pizzas à domicile. La façade n'était guère engageante, l'intérieur paraissait sombre et sans éclat, aucun menu n'était apparent.
Mais nous y sommes quand même entrés (c'était un petit évènement parce que G. était encore interne et les tarifs pratiqués n'étaient pas tout à fait ceux auxquels nous étions habitués).
Nous avons été accueillis par une grande dame au physique de diva, toute enveloppée dans une longue robe bleue pleine de plis. Elle nous a proposé de passer "au jardin, tellement agréable en cette saison". Les tables étaient dressées sur la pelouse, entre des arbres dont je ne me rappelle plus la variété. Des lampions colorés y étaient suspendus.
Menu unique donc pas de choix à faire et cela allait très bien avec l'ambiance légère et inconséquente. La dame en bleu a achevé de nous ouvrir l'appétit en apportant sur une petite assiette en porcelaine blanche des gougères au fromage juste assez chaudes pour être fondantes sans brûler les doigts et des tranches d'andouille qui renfermaient en leur centre un morceau de lard rôti (ce n'est pas glamour mais il se trouve que c'est très bon!).
Ce soir-là, il y eut du foie gras poêlé avec des figues rôties puis dans un joli plat ovale deux bars entiers allongés sur des petits légumes, enfin une salade de fruits servie avec une tuile à la nougatine et une délicieuse glace à la vanille. A la table d'à côté, une famille fêtait un anniversaire.
Je crois que nous avions bien aimé le charme désuet de l'endroit, les apparitions de la dame en bleu, sa façon lyrique d'annoncer les plats, le goût un peu ancien qu'ils avaient, leur simplicité maîtrisée. Assis au milieu du jardin d'un cuisinier, on avait l'impression d'avoir remonté un temps qui n'en finissait pourtant pas de s'étirer langoureusement.
Il y a quelques mois, j'ai appelé pour réserver mais, comme l'occasion revêtait une certaine importance, je m'étais inquiétée du menu. La jeune fille au téléphone m'informa alors que le restaurant s'était depuis peu délocalisé, et qu'il y avait désormais une "vraie carte". Je lui ai demandé de nous garder une table, curieuse et excitée.
Mais désormais, quand on va chez Marc Angelle, on n'est plus accueilli par une dame en bleu mais par deux jeunes filles un peu froides, un peu pressées, comme un peu étonnées d'être là. Le décor est très contemporain, gris, prune et argent. Les chaises sont blanches avec un dossier bien droit. Tout est rutilant, la machine à café, la trancheuse à jambon, les miroirs où sont inscrites les suggestions du jour. Ce soir-là, la sauce du filet mignon était sans intérêt et le pavé de saumon lui faisait concurrence dans l'inexistence. On a eu une sensation étrange en partant.
Un autre soir (nous avons toujours quelques difficultés à nous convaincre de la perte définitive de diverses choses), j'ai constaté que le risotto aux saint-jacques n'était pas vraiment passionnant mais G. s'est régalé d'une pièce de boeuf (saignante à souhait) sauce écarlate servie avec des pommes de terre impec.
Alors le soir, c'est quelque peu aléatoire et il y a d'autres endroits où mieux dîner, mais j'avoue que j'aime bien y aller déjeuner avec G., qui a un grand faible pour les frites parfaites qui accompagnent le sandwich-club (bien que ce dernier ne recueille pas toutes mes faveurs mais il faut dire que je suis difficile. En fait, j'aime les clubs dont le pain est écroûté et toasté, renfermant en son sein tiède, du poulet rôti, de la poitrine fumée en très fine tranche croustillante, de la salade, des tranches de tomates, quelques rondelles d'oeuf dur et de la très bonne mayonnaise). Ceci dit, ils servent parfois un plat super bon, à savoir ces pâtes aux asperges et au saumon relevées de graines germées et d'une sauce à l'huile d'olive et au citron absolument délicieuse.


Il n'y a aucun lien direct, si ce n'est la satisfaction gustative, mais les samedis soirs un peu froids, si vous envisagez de traîner au milieu de vos nouveaux coussins, fleuris ou pas, bien enveloppée par un plaid chaleureux ou les bras de votre amoureux, à feuilleter des magazines sans conséquence ou à lire votre roman du moment, vous pouvez décider un peu plus tôt dans l'après-midi, après avoir convoité une nouvelle paire de tennis étoilée, d'acheter tout ce qu'il vous faut pour faire le poulet coco aux graines de moutarde de Nigel (je suppose que ce plat conviendra très bien aussi si vous décidez d'inviter une psychanalyste blonde éthérée, un garçon qui aime la danse contemporaine et un jeune homme qui lit cent cinquante mille livres par semaine. Par contre, si vous décidez de convier votre linguiste préférée, il faudra faire autre chose, à cause du coco...)


Le poulet coco aux graines de moutarde de Nigel
Pour quatre personnes


-un poulet bien élevé coupé en morceaux
-1+1/4 cc de graines de cumin
-2+1/2 cc de graines de coriandre
-2+1/2 cc de graines de moutarde noire
-1+1/4cc de curcuma
-un piment rouge égrainé
-un pouce de gingembre râpé
-3 oignons grossièrement émincés
-2 gousses d'ail écrasées
-une boîte de tomates pelées
-une poignée de feuilles de curry
-400mL de lait de coco
-du nuoc mam pour assaisonner à votre goût

Faire revenir le poulet dans un peu d'huile, le faire légèrement dorer puis réserer au chaud.
Réunir dans un pilon les différentes graines, les écraser sans insister.
Les faire revenir dans la cocotte qui a auparavant accueilli le poulet puis ajouter le piment, le gingembre, l'ail et les oignons. Remuer constamment puis ajouter le curcuma, les tomates et les feuilles de curry. Laisser cuire une dizaine de minutes puis ajouter le lait de coco.
Qaund le mélange aura tiédi, ajouter les morceaux de poulet et laisser cuire jusqu'à obtenir une sauce épaisse et parfumée (environ 30-45 minutes).
Très bon avec du riz tout simple.

Sur ce, je vais aller recoudre des boutons en écoutant Raphaël E. ou Dominique A., je ne sais pas encore.

jeudi 2 avril 2009

Le genre de truc qui vous fait lever la nuit -un chat, une sonate, un gâteau aux pommes-

Quand on veut aller au cinéma à Rennes, plusieurs chemins sont possibles. On peut choisir de traverser la Vilaine, passer devant Léon le cochon dont s'échappe dans une désespérante prévisibilité la même odeur de viande chaude à l'huile (pour être honnête, la première fois que j'y ai mangé, c'était en compagnie d'une fille assez étrange qui portait un béret rouge et souffrait de maladies imaginaires. Absorbée par sa converstaion, je n'avais pas prêté attention au contenu de l'assiette. La seconde fois, c'était un dimanche soir avec G. -et le dimanche soir, dîner dehors est une chose assez compliquée à Rennes. Il y avait un restaurant indien qu'on aimait bien, même si tout n'y était pas bon, mais il a fermé depuis peu-. Il faut reconnaître que l'ambiance générale est un peu triste, je ne sais pas à quoi cela tient exactement. Ce soir-là, j'avais mangé de l'agneau, avec une sauce à l'ail vraiment pas mauvaise mais c'était sans éclat; on s'ennuie un peu, bouchée après bouchée), on tourne dans la rue Vasselot, on jette un oeil à la vitrine de la librairie pour enfants, on critique haut et fort un faux restaurant japonais (une pure imposture: des brochettes achetées à l'hypermarché asiatique du coin, du poisson de très moyenne qualité tranché par un quidam, un personnel occidental, une musique d'ambiance chinoise), on se dit que quand même, peut-être qu'il faudrait essayer le salon de thé et, si l'on n'est pas trop en retard, on s'arrête devant la vitrine de Même pas peur du loup pour choisir le prochain coussin ou la couleur de la carpe japonaise Madame Mo qui irait bien dans le salon (la rouge et rose, d'après moi). Au bout de la rue, on aperçoit les vitres immenses du TNB et parfois, la queue de jeunes gens au sein desquels ma soeur ne déparerait pas, qui attend l'ouverture de l'Ubu.
Même si j'ai beaucoup d'affection pour le TNB (j'y ai vu Isabelle Huppert dans une pièce de Sarah Kane et Jeanne Balibar qui m'avait trouvée bien jeune pour aimer Desplechin), j'avoue que je trouve le bâtiment très laid avec son petit côté soviétique qui le rend franchement déprimant les jours de pluie. Pour accèder aux salles de cinéma il faut monter un interminable et immense escalier en colimaçon qui me rappelle chaque fois que je devrais faire davantage d'exercice physique. A l'étage au-dessous, il y a un restaurant que je ne recommande à personne même si vous pourriez être tentés par les grands lustres et la vue sur la rue. J'y suis allée un mercredi soir avec S., avant un séminaire de psychanalyse et après que S. ait subi, non sans son habituelle appréhension en cette occasion,une séance réussie chez le coiffeur. Il portait ce soir là une jolie chemise et une veste en velours. Il fallait faire vite mais on a quand même eu le temps d'affronter la malveillance du serveur (qui nous rudoie pour qu'on change de table ou qui ne révèle qu'en fin de repas que le vin servi n'était pas celui demandé), de constater l'amertume du foie gras et l'exceptionnelle insapidité du parmentier de poisson.
Il y a deux salles de cinéma au TNB et dans la plus grande d'entre elles, j'ai vu le dernier film de Sophie Fillières qui est très précisément le genre de film que j'aurais fait si j'avais pu en faire. Heureusement, il y a des gens qui s'en chargent pour moi. J'ai beaucoup aimé la désinvolture pleine de doute de Chiara Mastroianni, son anniversaire, son ordinateur, ses séances d'analyse et sa façon de casser les oeufs (par contre pour le marbré au chocolat, je me fierais plutôt à cette recette-là). Il y a aussi une jeune fille, une khâgneuse qui porte des jolis foulards, danse avec classe et pense à apporter des petits goûters. Allez-y un dimanche après-midi avant de boire un chocolat chaud dans votre tasse préférée accompagné d'un croissant fondant et délicatement beurré (ce qui n'était pas précisément le cas du mien, acheté chez Cozic. Il était bon mais force est de constater que pour l'instant, le meilleur croissant rennais reste celui de la boulangerie rue de Paris (la petite, rouge et jaune, surtout pas l'autre, orange et noire)).


Sinon, un autre chemin possible pour aller au cinéma est de remonter la rue Edith Cavell et de longer le Parlement pour prendre la rue Hoche. Une halte attentive est recommandée devant la vitrine bleue et élégante du Chercheur d'Art (peut-être que vous serez tentés de vous arrêter aussi devant celle de la boutique colorée d'à côté mais si vous vous approchez suffisamment, vous verrez que ce déluge de couleurs et de motifs n'est pas des plus convaincants) où vous aurez envie d'un livre sur Lewis Caroll ou de celui avec les photos de Gisèle Freund. Si l'heure s'y prête et si l'envie vous vient, vous pouvez vous arrêter au Nabuchodonosor où il arrive de déguster ce genre de chose:


Après, il faudra prendre la rue de Bertrand et supporter ses objets de convoitise (une guirlande Tsé-Tsé, une étole rose, du parfum Dyptique). Au bout de la rue, vous tournez à droite et vous avancez jusqu'à l'Arvor, le fidèle refuge des mes premières années de médecine. L'adorable ouvreur chinois n'est plus aussi présent (et je n'ai donc pas à trouver une réplique acceptable lorqu'il se moque gentiment des films de Rohmer "Mais personne ne parle comme ça dans la vie!" ou de Tsaï Ming Liang ("Ils passent leur temps à manger des nouilles!") et il y aurait beaucoup à faire pour rendre le lieu plus vivant (créer un bar à l'étage par exemple) mais bon, là aussi, j'ai eu des émotions mémorables et dimanche dernier, j'ai été toute retournée par le film d'horreur de Kyoshi Kurosawa que seule une pièce de Debussy viendra adoucir. Dans Tokyo sonata des désirs se révèlent, des femmes se perdent pour mieux se retrouver, des garçons apprennent le piano sur des claviers silencieux, les mensonges s'accumulent jusqu'à écraser ceux qui les formulent. Allez-y vite!


La part de gâteau sur la première photo est l'ultime rescapée d'un délicieux gâteau aux pommes dont la recette est issue de la toujours inspirée Smitten kitchen. Je l'ai fait avec des minuscules pommes acidulées trouvées au marché de la Place Saint-Germain et du sucre demerara, goûteux et parfumé.

Pour un beau gâteau ou une douzaine de muffins
-130g de farine T110
-100g de farine T65
-100g de beurre salé bien mou
-85g de sucre roux
-25+60g de sucre demerara
-1 oeuf
-250mL de lait ribot
-1 cuillère à soupe de cannelle
-1 cuillère à café de levure
-4 pommes épluchées et coupées en gros dés

Mélanger les farines, la levure et la cannelle. Réserver.
Fouetter le beurre avec le sucre roux et 25g de sucre demerara. Ajouter l'oeuf puis le lait en mélangeant bien entre les deux.
Incorporer délicatement le premier mélange (ce n'est pas grave s'il reste des grumeaux) et ajouter les pommes.
Verser dans le moule et saupoudrer la surface du gâteau avec le reste de demerara.
Faire cuire une trentaine de minutes dans un four à 180°.
Très bon avec un peu de crème fraîche épaisse.

mercredi 25 mars 2009

Un déjeuner en Suède

Sans raison apparente, il y eut une fin de semaine parisienne.
Elle s'est passée comme dans un rêve, où des visages familiers et auxquels l'on tient croisent des personnages fantasmés rencontrés dans des lieux exotiques, où les parfums, les goûts et les textures bousculent sans cesse les certitudes (j'ai goûté du sorbet au cornichon avec des rillettes de sardine, un carpaccio de champignons avec des palourdes et de la crème de cédrat, un éclair menthe-chocolat), où les livres s'étalaient en plages infinies et désirables.
Dans ce rêve, il y avait aussi un déjeuner dominical au Café suédois qui donne aussitôt envie de s'envoler pour la Scandinavie ou de regarder un film de Bergman en buvant un chocolat chaud et en grignotant une part de carrot cake sous un plaid un peu usé qui a fait ses preuves.
A Saint-Paul, il s'agit de suivre la rue Pavée (on peut s'arrêter devant la vitrine de K.Jaques admirer des spartiates vernies si l'on a envie) puis avancer un peu dans la rue Payenne, jusqu'au Centre culturel suédois. On pénètre dans la cour, et on entre dans le café, à gauche.
Les meubles sont forcément en bois clair, les suspensions sont comme des nuages, les nappes en tissu sont un peu froissées et déploient à l'infini un motif de feuilles de citronniers. C'est terriblement joli.


Sur le comptoir s'alignent dans un appétissant désordre les sandwiches d'une exquise fraîcheur; sur du pain noir ou dans du pain blanc des crudités croquantes côtoient des poissons fumés.


Les gâteaux, dans des moules éprouvés ou sur des présentoirs surannés, se découpent en larges parts qui s'octroient parfois l'escorte d'une crème épaisse et onctueuse. Nous avons choisi de goûter le gâteau à la banane et au chocolat qui était d'une déconcertante légèreté.


Pour les corps refroidis par l'hiver qui dure un peu, il y a aussi des soupes réconfortantes; ce dimanche-là, c'était pomme-carotte, avec un peu de crème acidulée.


Le service est prévenant, les carafes d'eau multicolores sont à disposition, la clientèle mélange amies japonaises, explorateurs en goguette, lecteurs silencieux, familles gourmandes et couples branchés.
C'était un moment hors du temps, comme le goût des fraises sauvages.

Le café suédois, au Centre culturel suédois
11 rue Payenne
75003 Paris
01 44 78 80 11
Ouvert de midi à 18h, fermé le lundi

dimanche 15 mars 2009

Traces mnésiques (3) -Chloé, Claude et Sonia le mois dernier-

"C'est où qu'on descend pour aller à l'hôpital psychiatrique?" a demandé au chauffeur de bus la dame qui portait un grand sac avec un bouquet de narcisses et un ballotin de chocolats. Je ne sais pas pourquoi mais cette scène m'a emplie d'une tristesse infinie.
"Maman est partie à l'hôpital. Je crois qu'elle ne reviendra pas."
"Je veux pas de vos médicaments. J'arrive plus à écrire ma musique avec vos médicaments de merde."
"Je vous promets. Je ne boirai plus."
"Chez moi je fais rien. Je reste couchée et j'attends."
"Vous n'y pouvez rien si je me tue docteur Patoumi. Vous avez fait ce que vous avez pu, mais je suis une malade très compliquée."
Il faut croire que j'aime ça puisque je n'ai pas hésité une seconde quand j'ai vu le dernier roman de mademoiselle Chloé Delaume sur les tables d'une librairie pourtant moche. J'ai beaucoup aimé ce livre, et pas seulement parce que Chloé fait le même cauchemar que moi (à savoir que nous perdons nos dents et que nous nous retrouvons la bouche en sang), aussi parce qu'elle arrive à citer de façon contigüe Etienne Daho et Jacques Lacan sans que cela ne soit gratuit.
Mais quand même, j'aime bien penser à autre chose.


D'où le plaisir infini de feuilleter des petits livres ludiques, colorés et érudits. A savoir Petits larcins culinaires de Claude Deloffre (une Belge qui a beaucoup voyagé et qui sait rendre glamour la tarte au sucre) et Du bon usage des ustensiles de Sonia Ezgulian et Martine Camillieri.


Le premier est gai et enlevé comme un pique-nique (citronnade, petits sandwiches saumon fumé/fromage frais/fines herbes, jambon à l'os/tomates confites/roquette, speck/abricot sec/comté, fruits frais et cheesecake à la vanille) sur le pont d'un bateau avec des gens qui aimeraient bien les pâtes au citron (je dis ça parce que dans le livre, il y a cinq versions de pâtes au citron!)
Le second m'a fait sourire par sa précision et son acharnement à détourner les objets des tiroirs (mal rangés) de nos cuisines. Et si le croque de céleri rave au bleu d'Auvergne me fait le même effet que le vernis à ongles orange, je suis très tentée par le confit de pommes à la chapelure de bananes!

mardi 10 mars 2009

Traces mnésiques (2) -les apparitions d'une apparition-

Je l'aime bien en vendeuse de chaussures qui s'introduit dans la chambre de bonne d'Antoine Doinel et laisse tomber la clé qui scelle leur secret dans un vase étroit (cette scène m'a longtemps empêchée de dormir), je l'aime bien en fée des lilas malicieuse et chantante, je l'aime bien quand elle lit une lettre de sa soeur partie au Canada dans Jeanne Dielman, je l'aime bien en hôte discrète et en invitée charmante dans les dîners bourgeois, mais je l'aime par dessus-tout en amoureuse amnésique et en femme évanescente qui essaie désespérément de se souvenir ce qui s'est passé l'année dernière à Marienbad.


Il y a eu une rétrospective Resnais au TNB. Peu de films mais peu importe parce que j'ai vu Marienbad sur grand écran. J'ai vu le château, les plafonds, les corridors, les miroirs, les marbres, les parties de cartes et de dominos, les jardins, les statues, les robes et les bijoux. J'ai vu le doute, l'angoisse, l'oubli, la vie qu'on reconstruit, les certitudes qui s'effondrent, l'amour qui rôde.

samedi 7 mars 2009

Traces mnésiques (1) -un goûter parisien-

C'était un samedi après-midi à Rose Bakery. A la table d'à côté une bande de garçons en blouson s'était approprié les derniers carrés d'un brownie qui avait effectivement l'air prometteur. Une jeune fille et sa maman, emmitouflées dans de grands châles, appréciaient visiblement les carrés aux azukis. Trois copines un peu vulgaires délèguaient l'une d'entre elles pour aller chercher des cookies à la boulangerie d'en face. Le staff de jeunes gens minces qui travaille pour Rose faisait sa pose en se régalant de pancakes au sirop d'érable, d'omelette froide et de salade de pommes de terre. Pour nous remettre des dessins tourmentés de Fred Deux à La Halle Saint Pierre, nous avions jeté notre dévolu sur un scone tiède servi avec du beurre bien frais et de la marmelade d'abricot ainsi que sur un yaourt fermier délicieux avec un miel au goût délicat. Nous avions bu un cappucino, du sencha au citron. Il faisait bon.
[Très bientôt, un billet qui parle de la plus belle actrice du monde]

lundi 23 février 2009

You'll never live like common people -meatballs for my sister-

Je suppose que j'étais en train de jouer à la dînette, ou alors je lisais un livre de la Bibliothèque rose, ou, dernière option envisageable, je dessinais la même éternelle maison avec son ciel bleu et son pommier, quand on m'a annoncé l'éventualité d'avoir un petit frère, ou une petite soeur. Ma réaction fut sans appel: "Si ça arrive, je le tue".
On remarquera l'emploi du masculin. Il me paraissait, dans un raisonement primaire simpliste, absolument inconcevable d'accueillir entre mes parents et moi un être qui n'aurait ni le même corps, ni les mêmes occupations que moi (et voyez-vous, j'avais déjà quelques animosités envers les activités sportives en général et envers le football en particulier). Mais je n'avais pas du tout envie non plus d'une embarrassante petite soeur, qui risquerait d'être en rivalité avec moi (et de me vaincre, puisque je me pensais déjà forcément moindre que quiconque). En revanche, je fantasmais avec regret un grand frère qui n'existerait jamais mais que j'imaginais beau et fort, connaissant par coeur les capitales du monde, le nom des constellations et sachant dessiner les personnages de mes dessins animés préférés. Et aussi très bon en mathématiques.
J'aimais bien m'ennuyer je crois, j'aimais déjà le silence des activités solitaires et puis surtout, une autre présence en chair et en os entre mes parents et moi me filait une frousse folle. Alors même s'il s'était agi d'une petite soeur, sa venue me semblait bien embarrassante.
On ne m'a évidemment pas demandé mon avis. Il faut croire que j'ai eu quelques difficultés à accepter la réalité de la chose puisqu'une amnésie totale m'empêche de me souvenir de la grossesse de ma mère, puis de l'arrivée de ma soeur, au début de l'été. Je ne sais plus du tout si j'ai pu ressentir de la déception, de la haine ou une grande joie (quand même, ça m'étonnerait). Ce voile sur mes affects de l'époque m'inquiète un peu, il est vrai.
Je me rappelle d'une robe blanche en fin tricot, avec un nuage bleu, un coeur rose et une étoile jaune. Elle ne pouvait pas dormir sans la robe de nuit rayée de ma mère. Il y avait à la maison toute une collection de biberons, de boîtes de lait en poudre (qui devenaient parfois des pots à crayons), des couches dans des caisses en carton, du talc, du savon qui sentait bon. Après il y a eu les petits pots qui me fascinaient (à cause de leurs intitulés genre "dinde et petits légumes" alors qu'on ne voyait qu'une purée marron. J'imaginais une dinde passée à la moulinette) et les biscuits tout doux que j'aimais bien grignoter aussi.
Je ne me souviens pas du tout des premiers contacts avec ma soeur, ses cheveux, sa peau sous ma main. Je n'aimais pas trop les rapports physiques et je ne crois pas qu'elle ait profité d'un traitement de faveur.
Je crois bien que je la trouvais jolie quand même. Elle était minuscule, avec des yeux très noirs.
Je ne me souviens plus bien, j'ai beau essayer.
Après je l'ai vue apprendre à lire sur les genoux de ma mère, avec la méthode Boscher (To-to-est-tê-tu). Elle m'a piqué des livres dans la bibliothèque, elle les semait allègrement dans la maison, parfois sous des sablés bretons décrépits sur une feuille de papier ("C'est pour voir ce que devient la nourriture si on ne la mange pas"). Elle portait des pull-over que tricotait ma mère, avec un toucan, ou un dauphin, ou Picsou dans sa piscine de pièces, ou une petite souris allant à l'école avec son cartable.
Elle a appris à jouer de la clarinette.
Un jour, elle est rentrée avec des lunettes qui lui mangeaient le visage.
Elle a lu mon journal intime et elle disait parfois au téléphone que je n'étais pas là alors que pas du tout.
Elle n'aimait pas particulièrement la cuisine de ma mère et, devant les curries fumants, les soupes épaisses et parfumées, les sautés frémissants, elle faisait souvent la grimace et réclamait un croque-monsieur, une pizza ou une assiette de saucisson sec. Elle avait un faible pour un plat très simple, "un plat du pauvre" que faisait parfois ma mère tout exprès pour elle, dans un grand bol blanc: il s'agit de battre deux oeufs en omelette puis d'ajouter une petite gousse d'ail dégermée, du nuoc mam, de la ciboulette, du poivre, un peu d'huile, un peu d'eau et de faire cuire le tout au bain-marie. Ma soeur adore ça, avec du riz bien chaud.
Elle a regardé avec moi des films sur le canapé, l'été, quand tout le monde était couché. Elle avait adoré Smoking/No smoking et la scène de poker dans Manhattan murder mystery. Nous avons lu ensemble les romans de Judy Blume, publiés à L'école des loisirs. Elle voulait être astrophysicienne (mais elle n'aimait pas la physique), vétérinaire (mais elle n'aimait pas les animaux), chanteuse (mais elle chantait faux).
Elle vit désormais à Paris, dans un petit appartement, près du Jardin des plantes. Elle a des activités aussi diverses qu'étudier les sciences politiques, faire de la promo en province avec des chanteurs ringards ou partager avec de jeunes chanteuses branchées des dim sum du Bon Marché. Elle a l'air rudement heureuse, c'est chouette.
On ne s'appelle quasiment jamais, on s'écrit encore moins, mais je crois qu'on aime bien se retrouver de temps en temps chez les parents. Elle ne demande plus de croque-monsieur ou de pizza, et elle téléphone souvent à maman pour lui demander comment elle fait, par exemple, son délicieux porc au caramel. Elle aime bien aussi, repartir à Paris avec un cake aux pépites de chocolat ou des madeleines au caramel au beurre salé ou une grande part de tarte aux pommes. Ou un beau saucisson sec, soigneusement emballé.
Il se trouve qu'elle m'a appelé aussi il y a quelques temps, parce qu'elle voulait faire des boulettes pour des copains. Je lui donné ma recette fétiche, et j'ai eu envie d'en faire aussi, alors voilà.

Des boulettes pour les copains

On mélange dans un saladier avec des mains bien propres environ 500g de veau haché (elle a eu un mini hachoir, il n'y a pas longtemps), 100g de mortadelle hachée (ou du jambon cru ou de la pancetta), trois échalotes dodues hachées, du persil plat ciselé, du parmesan râpé, de la mie de pain trempée dans du lait et bien essorée, un oeuf, du poivre et un trait de sirop d'érable.
On forme des boulettes après s'être fariné les mains.
On les fait dorer dans un petit peu d'huile d'olive avant de les transvaser dans un plat où l'on ajoute des tomates séchées en lanières, des petits oignons et un peu de vin blanc (ou de bouillon, ou d'eau chaude).
On enfourne jusque ça sente bon.

lundi 9 février 2009

Au loin on voit les neiges qui fondent -les pâtes qu'on servirait aux lecteurs secrets-

Il s'agit d'un lendemain de garde pendant laquelle j'ai mangé des gâtochatô (les petits-beurres monop bio recouverts de chocolat noir avec une jolie tour carrée à la place d'un écolier désuet et qui me rappelle les promesses de château de sable sur la plage de Biarritz), deux bols de coquillettes au gruyère et des tartines de fromage de chèvre, le tout copieusement arrosé de thé, ce qui a soulevé quelques obscures interrogations chez mon co-interne qui a eu la gentillesse de me réchauffer une part de pizza malheureusement insipide.
Il pleut ce matin de larges gouttes, la ville est grise et détrempée, je m'interroge sur ma motivation à aller jusqu'à la rue Hoche pour acheter un pain pita (qui irait pourtant bien avec le poulet froid et les tomates séchées du potentiel sandwich du déjeuner).
G. dessine silencieusement dans son joli bureau.
Il fait si sombre que quelques lumières artificielles éclairent encore l'appartement.
(...)
Parfois je reçois des petits mots fantastiques de lecteurs discrets.
Des jeunes femmes qui lisent les billets sous la couette, des étudiantes qui les lisent en cachette, entre deux révisions, des garçons mystérieux qui ne disent rien d'eux, des filles érudites qui écrivent des encyclopédies, des mamans de jeunes internes, des bibliothécaires enthousiastes, des propriétaires de poissons rouges au nom énigmatique... Je me surprends parfois à imaginer un grand dîner avec tout ce joli monde autour d'une vaste table et sous des lampions colorés nous siroterions des liquides pétillants.
Je me demande qui sont les lecteurs silencieux, est-ce qu'il y a un garçon qui aime les échecs et les Nocturnes de Chopin, un autre qui coupe les toasts avant de les tartiner (et pas l'inverse) et porte des chaussettes rayées, un autre qui fume des gauloises brunes en lisant Rainer Maria Rilke? Est-ce qu'il y a des filles qui surveillent de près la nouvelle collection APC, qui n'arrivent pas à trouver de bottes à leur pied, qui ne sucrent jamais leur yaourt et qui connaissent par coeur toutes les répliques d'Alvy Singer? Des filles qui ont une collection de porte-monnaie, qui restent assises pendant le générique de fin ou qui peuvent avoir envie de pleurer devant un bouquet d'anémones au coeur violet pâle?
Envie de vous connaître et envie du mystère à la fois, c'est tellement étrange.
Ce que je sais, c'est que si j'invitais des lecteurs secrets (ou pas), je leur ferais peut-être une belle sauce bolognaise, à déguster aussi proprement que possible avec les spaghettis maison d'Italie Gourmande, un vrai régal pour les pastavores!


Une sauce bolognaise un peu comme Laura Zavan
Pour quatre personnes


-125g de boeuf haché
-125g de veau haché
-50g de pancetta
-50g de chair à saucisse
-3 carottes en petits dés
-3 oignons en petits dés
-1 gousse d'ail
-15g de cèpes séchés
-1 verre de vin rouge
-2 clous de girofle
-250g de tomates en boîte
-une douzaine de tomates cerise
-de l'huile d'olive, du sirop d'érable, du poivre du moulin

Faire tremper les cèpes une demi-heure dans un bol d'eau tiède.
Faire revenir les légumes dans de l'huile d'olive avec une bonne cuillère à soup de sirop d'érable.
Quand ils s'attendrissent, ajouter les viandes et faire lentement revenir jusqu'à ce que le mélange accroche un peu. Verser alors le vin rouge.
Ajouter les cèpes en petits morceaux avec leur eau de trempage ainsi que les clous de girofle.
Laisser cuire à petit feu une quinzaine de minutes avant d'ajouter les tomates et de continuer à laisser cuire, lentement, jusqu'à ce que la sauce épaississe, devienne sirupeuse et brillante.
Servir avec des spaghettis al dente, du poivre du moulin et plein de parmesan!

Et puis sinon, une des grandes émotions de la semaine dernière fut de confectionner un gâteau au chocolat au lait et à la marmelade de citron dans un bol Margrethe rouge en écoutant Raphaël Enthoven parler de Roméo et Juliette. Ce gâteau tout collant de caramel acidulé et parfumé avait un goût exquis d'amour à mort (mais il n'était absolument pas photographiable).

samedi 24 janvier 2009

Rayer mon nom de toutes les listes et m'effacer du paysage -la blanquette de veau à la vanille de Kéda-

A mesure que le temps passe... vous connaissez la suite.
On a beau aimer les gens, leurs histoires, leurs secrets, leur goût pour une grand-mère qui portait un chapeau vert, une tante qui faisait un gâteau de riz sans concurrence ou leur récit de vacances ennuyeuses comme un cours d'allemand tenu par une prof qui postillonne, parfois, je meurs d'envie de faire l'école buissonnière.
Il y a ainsi des jours où, plutôt que de prendre le bus au milieu d'adolescents survoltés sans égards pour mes pieds (toujours pas de choses vernies pour celles qui s'inquièteraient), je crois que j'aimerais mieux rester petit-déjeuner au lit avec un chocolat chaud, une tartine beurre salé-confiture de mûres et quelques magazines pas trop compliqués. Quand je consentirais à la verticalité, après une toilette en bonne et dûe forme, c'est les cheveux attachés que j'enfilerais un jean mou et mon nouveau pull rayé avec une poche qui rappelle un coeur (ça a l'air cucul dit comme ça mais en fait non). Je me préparerais un thé (un matcha yuzu grâce à une lectrice terriblement attentionnée ou un sakura impérial au parfum de bonbon mais au goût de fleur ou juste un thé très simple à la vanille) et j'irais lire des histoires de petits garçons qui ont peur des chevaux ou de jeunes hommes qui voient leur prétendante avec des crottes à la place des yeux. Ce serait tellement intrigant toutes ces choses que l'esprit construit malgré lui que je ne verrais pas l'heure du déjeuner passer.


Comme je n'aurais nulle envie de préparer quoi que ce soit, j'enfilerais rapidement des tennis pour aller chercher quelques sushis dans une échoppe dont I., forte de son expérience tokyoïte, m'avait dit beaucoup de bien. Je crois que je trouverais ça très bon et plutôt joli mais je serais un peu gênée par le fait que les gens qui y travaillent ne soient pas japonais et que le thé proposé soit d'une marque russe; même si je suis presque certaine que j'y reviendrais (c'est un endroit rigolo), je préfère décidément les dames du Fuji, leur accent et leurs petites attentions.
Je suppose que je passerais l'après-midi à lire allongée sur le lit , et une petite sieste serait sans conséquences. Je m'autoriserais un goûter, même si ce n'est pas raisonnable, et je jetterais mon dévolu sur les pains au chocolat encore tièdes de la boulangerie d'en bas (dont les viennoiseries sont d'une qualité très fluctuante, c'est assez étrange. Elles peuvent être délicatement fondantes et feuilletées tout comme sèches et insipides). Je le dégusterais en écoutant Raphaël Enthoven et en me félicitant d'avoir choisi de faire l'école buissonière.
Mais bien sûr, je n'oserai jamais.
Hum.


Mais si cela se présentait je crois que je choisirais de préparer pour le dîner une blanquette de veau à la vanille, l'esprit occupé par la blanquette d'une maman (la mienne ne faisait jamais ce genre de choses. Elle s'est essayée à la paëlla, au poulet basquaise, à la sauce bolognaise ou au pot au feu mais elle fait un blocage sur le fait de cuisiner avec de la crème). Quand j'étais (beaucoup) plus jeune, je me disais que c'était typiquement français (un peu comme le fait de manger un morceau de camembert sur son assiette retournée).
C'est Kéda B. qui m'a soufflé l'idée de la vanille et j'ai bien aimé la vision des petits grains sombres dans la sauce onctueuse ainsi que le subtil parfum qui se dégageait des assiettes (bien chaudes).


Une blanquette de veau à la vanille à la KB
Pour trois personnes

-600g de bon veau choisi chez votre boucher, coupé en morceaux (le veau)
-5 carottes
-2 beaux poireaux
-6 petits oignons
-1 gousse d'ail
-1 gousse de vanille
-30g de beurre
-1 cuillère à soupe de farine
-75g de crème fraîche
-1 cuillère à soupe de jus de citron
-sel

Dans une cocotte, rassembler les morceaux de viande, une carotte en tronçons, un demi poireau en tronçons, les oignons et la gousse d'ail.
Recouvrir d'eau froide et porter à ébullition. Quand elle est atteinte, baisser le feu et laisser cuire à petits bouillons pendant trente minutes. Penser à écumer.
Au bout de ce temps, rajouter le reste de carottes en rondelles et les poireaux en rondelles épaisses aussi. Laisser cuire 15 minutes.
Au bout de ce temps, verser le contenu de la cocotte à travers une passoire. Récupérer le bouillon dans une petite casserole à maintenir au chaud. Réserver la viande et les légumes.
Dans la cocotte désormais vide, faire fondre le beurre puis ajouter la farine. Laisser cuire un peu avant d'ajouter une louche de bouillon. Fouetter énergiquement. Rajouter trois bonnes louches de bouillon en fouettant bien entre chaque. Verser alors la crème fraîche.
Quand la sauce a la consistance désirée, ajouter les grains de vanille récupérés dans la gousse fendue en deux puis le jus de citron.
Sur un feu très doux, ajouter la viande ainsi que les oignons et les rondelles de carotte et de poireau. Saler, si vous voulez.
A servir avec du riz que vous aurez cuit avec le bouillon.

Une absence consentie lors d'une journée sans conséquence

lundi 12 janvier 2009

Indice de structure -le cake à la marmelade d'orange de Nigel-

Même si je vais voir madame C. deux fois par semaine, j'ai en ce moment quelques obsessions qui sont: des collants à côtes, les haïkus de Simone (et notamment celui sur la quiche), le flan pâtissier, une reprise de Joe Dassin, un film au titre mystérieux, un mini mémoire que je dois rendre pourtant sans urgence, une robe avec un noeud devant, des mitaines, le sandwich au cochon laqué de ma maman (il n'y a qu'elle pour le faire comme ça: d'abord elle fait cuire pendant des heures un beau morceau d'échine qui aura mariné dans un mélange dont elle a le secret. La cuisson lente et douce confère à la chair un moelleux délicieux protégé par une surface croustillante. Sa seule évocation m'émeut. Elle y découpe des tranches un peu épaisses qu'elle redécoupe en lanières. Elle prend de la très bonne baguette fraîche, sans fioriture (je veux dire, pas un truc "à l'ancienne", une vraie baguette à la mie blanche, comme quand on était petit et qu'on n'avait pas le choix), elle l'ouvre en deux, elle tartine avec modération de la sauce hoi sin et elle étale aussi un peu de sriracha. Après, elle intercale dans un joyeux désordre les lanières de cochon, des carottes râpées marinées -c'est sucré et acidulé à la fois. C'est surtout très frais et croquant-, des fins tronçons de concombre et, si elle en a sous la main, quelques brins de ciboulette. C'est, je crois, mon sandwich préféré. La dernière fois que j'en ai croqué un, c'était il y a un mois environ, avant un concert dans une ville minuscule à côté de celle de mes parents. Ils nous avaient préparé un pique-nique, avec les fameux sandwiches, des madeleines au caramel au beurre salé -qui semblent être la nouvelle obsession de ma maman. Je crois qu'elle trouve ça terriblement exotique-, et des clémentines -avec des feuilles-)).
Je pense beaucoup aussi aux bols Margrethe, à du thé vert au yuzu, à un coussin avec une poule dessus (rien ne va plus), à une fille qui portait un pull noir avec une broche pompon, à une phrase de La Princesse de Clèves, à un supplément de magazine un peu chic pour lequel j'ai fait en vain le tour des marchands de journaux de Rennes (sauf celui de la rue Vasselot parce qu'un jour ils nous ont mis dehors sous prétexte qu'on portait un sweat à capuche -c'était un dimanche matin-)
Je pense beaucoup moins à la pâtisserie qu'à une lointaine époque où je m'endormais sur des images de mini cheesecakes faisant la ronde, mais j'aime bien feuilleter au lit le journal de Nigel et, un soir très froid, j'ai jeté mon dévolu sur un cake à la marmelade d'orange qui s'est révélé délicieux avec du yaourt à la vanille maison (j'aime beaucoup ma petite yaourtière vintage que G. a su choisir avec goût).

Le cake à la marmelade d'orange de Nigel Slater
Pour un moule à cake standard

-170g de beurre salé bien mou
-3 oeufs légèrement battus
-140g de sucre roux
-une orange non traitée
-190g de farine
-un sachet de levure
-2,5 cuillères à soupe bombées de marmelade d'orange

Fouetter ensemble le beurre et le sucre.
Ajouter progressivement les oeufs en mélangeant bien puis la marmelade et les zestes de l'orange.
Verser la farine puis la levure et bien homogénéiser la pâte avant de verser la moitié du jus que vous aurez obtenu en pressant l'orange.
Bien mélanger avant de verser dans le moule à cake beurré et enfourner une trentaine de minutes dans un four préchauffé à 180° (vérifier la cuisson avec un cure-dent).

dimanche 4 janvier 2009

Il y aura des ombres au mur, le soir en décembre -mais nous sommes désormais en janvier-

Imprévus, trahisons, retournements de situation, on se serait presque crus dans l'univers impitoyable d'une mauvaise série des années 80. Mais dans l'hiver qui commençait et malgré les aubes obscures, quelques moments tendres firent oublier que le bonheur n'est pas toujours gai.
J'ai connu il y a longtemps déjà une jeune fille aux cheveux courts qui habitait rue Saint Melaine un minuscule appartement qu'elle partageait avec une étudiante des Beaux-Arts. Nous avons partagé dans leur cuisine exigüe des pizzas sans intérêt, des pâtes croulant sous le fromage fondu, des croûtes à thé parfumées et plusieurs atermoiements existentiels en rapport avec le profond ennui que nous inspiraient les études de médecine. Suite à un malheureux malentendu directement généré par cette mauvaise habitude que nous avions chacune d'exiger des amitiés exclusives, je ne suis plus retournée dans cet appartement mais à chaque fois que je passe dans cette rue où vient d'ouvrir un charmant restaurant tibétain, je ne peux m'empêcher de penser aux cheveux courts de N.
Il se trouve que ce restaurant a été plusieurs soirs notre refuge après des journées éprouvantes qui vous mettent la tête et le coeur en bouillie. G. a un faible pour les lumières tamisées, les couleurs douces et chatoyantes à la fois, la musique enveloppante, la serveuse en costume traditionnel confondante de gentillesse, le thé au lait et aux épices, les beignets de crevette servis avec de la sauce au tamarin, les ravioli aux épinards et au fromage, le dhal parfumé et les curries au caractère bien trempé. Pour ma part, j'aime bien les soupes de nouilles dépouillées et pourtant réconfortantes et puis aussi le riz sauté aux légumes servi en portion gargantuesque mais on aurait presque envie de le finir tant il est bon. Il est probable que ma vieille amie aux cheveux courts, avides de terres lointaines et de langues étrangères, aurait aimé.
Un autre soir de décembre, j'ai croisé la silhouette fatiguée de Patrice Chéreau juste avant la projection de Gabrielle dont l'action immobile ne traduisait pas moins la violence des amours cruelles. Patrice Chéreau, dans son grand manteau, m'a paru infiniment sympathique par son goût du détail lorsqu'il a raconté le contexte dans lequel il avait tourné le film. Après la séance, nous avons goûté un cannelé de chez Cozic, parce qu'un peu plus tôt dans l'après-midi, on m'avait offert dans le service des cannelés maison que j'avais trouvé délicieux (c'était la première fois que j'en mangeais) et j'avais envie de retrouver cette tendre élasticité vanillée.
Au cinéma, il y eut aussi le soir où, après des croque-monsieur (que j'ai tendance à associer, comme un réflexe pavlovien primaire, aux séances de 20h30. Cela marche aussi avec les hamburgers maison qui précèdent la section clinique du vendredi soir), j'ai pleuré à retardement sous un parapluie violet à cause de l'histoire de Two lovers. En réalité, pendant la projection, j'ai surtout pensé à la maîtrise de James Gray, son talent à filmer aussi bien un repas en famille lourdingue qu'une scène de boîte de nuit survoltée, la rigueur ascétique du scénario, le pas et la voix de Joaquin Phoenix. Et puis, sur le chemin du retour, j'ai été envahie d'une tristesse sans nom à cause de la cruauté du retournement de situation. J'ai adoré ce film dont les images m'ont poursuivie longtemps encore tout comme le visage de Marielle Hemingway quand elle se fait larguer dans Manhattan, que nous avons revu avec un plaisir infini et j'ai fantasmé pendant plusieurs jours le fait de manger au lit de la nourriture chinoise dans des boîtes en carton en regardant un vieux bon film avec son amoureux (mais il se trouve que je trouverais très compliqué de manger et de regarder un film en même temps, j'aurais l'impression que l'un des deux plaisirs devrait s'effacer en faveur de l'autre et je ne veux pas avoir à renoncer à quelque chose que j'aime autant).


Début décembre, j'ai passé une soirée à lire frénétiquement Frankie Addams, un livre que j'ai trouvé horriblement triste tant il décrit parfaitement l'ennui et le désespoir de l'adolescence quand on est seul dans une ville que l'on déteste et qu'à la question "Si tu étais quelqu'un d'autre, qui choisirais-tu?", la réponse qui jaillit spontanément reste "N'importe qui sauf moi". Cela m'a rappelé des heures noires où, affublée d'un appareil dentaire et d'un carré moche, lestée de quelques kilos disgracieux, je restais allongée sur mon couvre lit fleuri à me demander comment je pouvais changer de vie et partir loin, avec quelques livres et des biscuits dans un sac en tissu.
Heureusement, la vie réelle sait aussi être pleine de bonnes surprises. J'ai beaucoup aimé la petite série des objets qui habitaient le bureau de Freud au Musée Rodin et, lors de ces courtes journées parisiennes, j'ai bien aimé aussi la soirée passée avec une jeune fille très douce qui m'aurait presque convaincue de mettre enfin les chaussures vernies que je n'ai pas envie de porter plutôt que mes vieilles Clarks au lacet cassé. Nous avons passé avec elle un délicieux moment. Et puis j'ai aussi dégusté un très bon rich english cake au glaçage parfait au Thé au fourneau avec une demoiselle qui venait de s'acheter un très beau manteau. Tout cela me rappelle que, maintenant que je n'ai plus l'impression de vivre dans une série américaine des années 80, j'ai envie de rattraper le temps perdu, notamment avec un loukoum et une choucroute qui se reconnaîtront.
Je ne sais pas ce que vous avez fait mercredi dernier. Ici, nous avons d'abord bu un verre de vin blanc avec I. et son ami, en grignotant des petits feuilletés à la tomate et en regardant les lumières trembler place de l'Opéra. I. était en vacances et partageait son temps entre la lecture de la série des Millenium et le visionnage de films de Bergman. Et puis nous sommes rentrés à la maison, il y avait des mini pizzas de notre traiteur italien préféré, j'avais fait des canneloni ravissants et délicieux et en dessert, nous avions juste envie de la régression de la glace à la vanille alanguie sous le chocolat fondu et la chantilly. C'était chouette.
J'espère qu'en 2009, j'écrirai plus souvent, je me remettrai à cuisiner et puis je vous souhaite de divines surprises et de gracieux moments à profusion!

samedi 15 novembre 2008

Plaisir d'offrir

A vos risques et périls.
Je préfère prévenir que je ne sais pas tricoter, que je ne sais rien dessiner d'autre que des cornets de glace et des bateaux à hublots et que la fois où j'ai voulu faire de la brioche on a faillit petit-déjeuner d'une brique dégoulinante de beurre cuit.
J'avoue aussi que je n'ai jamais tenté de faire des raviolis, ni une pastilla, ni de la pâte à choux, ni même de la limonade.
Je n'ai pas de machine à pain ni de sorbetière ni de yaourtière. Mon fidèle four à gaz est souvent capricieux et mes madeleines sont cramées sur le dessous une fois sur deux.
Je ne sais pas coudre autre chose que les boutons.
L'art du macaron reste pour moi une énigme métaphysique.
La dernière fois que j'ai voulu faire les boulettes à la tomate ultra réconfortantes réclamées par G., cela s'est soldé par un échec cuisant (c'est le mot). Rappelons encore que mes prouesses aux barres assymétriques sont très aléatoires, que je ne sais rien faire de mes longs cheveux et que l'ouverture des huîtres est un sport que j'évite.
N'oublions pas non plus que la découpe des potimarrons s'accompagne chaque fois d'un risque de passage aux urgences, que j'ai déjà balancé à la poubelle un énorme tiramisu trop sucré, et que pour les crêpes, c'est G. qui s'en charge. Je n'ai évidemment jamais essayé de faire du pain, devant tant de désolations.
Mais bon, je suis pleine de bonne volonté et parce que je suis prête à tout pour recevoir un morceau du septième, je propose aux trois premiers téméraires qui se manifesteront dans ce sens dans les commentaires de leur envoyer aussi vite que possible des choses que j'espère belles et bonnes (rassurez-vous, pas de sablés en forme de Vincent Delerm ou de pain d'épices à l'effigie de Proust ou, pire pour certaines, Louis Garrel en pâte d'amande).


Edit de 11h09: Je suis ravie d'apprendre (pendant une garde de samedi -j'aime pas ça, et en plus il paraît que ce midi, c'est côte de porc/courgette-) que Florence, Lisanka et Vanessa n'ont peur de rien, je vais tâcher d'être à la hauteur!